J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 12 janvier 1999

 

VIBRIO PECTENICIDA

 

Voir aussi le fichier : ¤ "Vibrionales", Vibrionaceae, Vibrio.

 

Systématique

 

La nomenclature de Vibrio pectenicida a été proposée par Lambert et al. (1998) pour désigner des souches de Vibrio sp. isolées d'élevages de coquilles Saint-Jacques (Pecten maximus) situés en Bretagne (Argenton). Dans ces élevages, on observe des cas de mortalité chez les larves âgées de 12 à 18 jours dès que l'on cesse d'utiliser des antibiotiques (chloramphénicol à 8 ppm).
Une étude bactériologique, effectuée durant les années 1990 à 1995, a permis d'isoler des souches de vibrions se répartissant en 4 groupes : B, C, F et F'. Les souches des groupes C et F sont les plus abondantes et elles se répartissent en deux espèces différentes. Les souches du groupe F appartiennent à l'espèce Vibrio splendidus alors que les souches du groupe C semblent constituer une nouvelle espèce.
Cinq souches du groupe C ont fait l'objet d'une étude phénotypique et génotypique. L'étude des hybridations ADN - ADN montrent qu'elles forment un groupe homogène (les pourcentages d'hybridation sont au minimum de 73 p. cent) et l'analyse de la séquence des gènes codant pour les ARNr 16S confirme l'appartenance au genre Vibrio et révèle une parenté avec ¤ Vibrio tapetis et Vibrio splendidus.
Des tests d'hybridation réalisés entre l'ADN de la souche type de Vibrio pectenicida et l'ADN des souches types de Vibrio splendidus et de ¤ Vibrio tapetis montrent un pourcentage de réassociation inférieur à 5 p. cent. Les souches du groupe C forment donc une genomospecies particulière (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne) et, comme il est possible de les caractériser par des critères phénotypiques, elles ont été assignées à une nouvelle espèce.

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Vibrio pectenicida sont constituées de bacilles à Gram négatif, mobiles grâce à une ciliature monotriche (culture en milieu liquide) ou grâce à une ciliature péritriche (culture sur milieu solide), sensibles au composé vibriostatique O/129 (disque chargé à 150 mg), aéro-anaérobies, oxydase, catalase et nitrate réductase positives, à métabolisme fermentatif et halophiles (la culture nécessite au moins 1 p. cent de NaCl).

Les cinq souches étudiées* donnent une réponse positive aux tests alginase, amylase, gélatinase, désoxyribonucléase, Tween 80 estérase, acidification (sans gaz) du D-glucose et du maltose.
Elles ne peuvent utiliser qu'un nombre limité de composés organiques comme unique source de carbone et d'énergie. C'est le cas de la L-alpha-alanine, du L-aspartate, de la bétaïne, du fumarate, de la glucosamine, du glycérol, de la L-histidine, de l'isovalérate, du maltose, du pyruvate, du L-rhamnose et du succinate. Quatre-vingts p. cent des souches utilisent le myo-inositol ou la L-lysine et soixante p. cent la L-tyrosine ou la L-valine.

Outre l'impossibilité de croître en utilisant de nombreux composés organiques comme unique source de carbone, les caractères négatifs sont nombreux : indole, VP, LDC, ODC, ADH, ONPG, acidification du L-arabinose, du D-cellobiose, de l'érythritol, du fructose, du D-galactose, du glycérol, du myo-inositol, du D-mannose, du mélibiose, du L-rhamnose, du saccharose, du D-sorbitol et du D-xylose. 

Après 24 heures d'incubation à 20 °C, les colonies obtenues sur le milieu Marine Agar 2216 (Difco) sont circulaires, lisses, non pigmentées. Après 48 heures d'incubation, elles commencent à envahir le milieu (essaimage) et les cellules présentent une ciliature péritriche.
La croissance est obtenue en présence de 1, de 3 ou de 6 p. cent de NaCl et pour des températures de 18 °C et de 22 °C. La majorité des souches (80 p. cent) cultive à + 4 °C et une minorité d'entre elles cultive à 30 °C (40 p. cent) ou à 35 °C (20 p. cent). En revanche, aucune culture ne se développe sur gélose TCBS** (Thiosulfate Citrate Bile Sucrose) ou dans un milieu contenant 0 p. cent ou 8 p. cent de NaCl.

Les caractères utiles pour le diagnostic différentiel figurent dans le tableau I.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L'habitat de Vibrio pectenicida n'est pas connu avec certitude mais, cette bactérie semble ubiquiste dans les eaux de la baie de Brest car la maladie est observée chez les larves de coquilles Saint-Jacques dès l'arrêt de l'utilisation d'antibiotiques. Les premiers signes cliniques consistent en une nécrose du vélum et un détachement des cellules du vélum suivis de la mort des larves.
La maladie peut être reproduite en plaçant les larves dans une eau contenant 104 cellules / mL. La mortalité intervient au bout de 3 jours et le germe peut être facilement isolé des larves et de l'eau. Vibrio pectenicida semble spécifique de la coquille Saint-Jacques car, expérimentalement, les larves d'huîtres (Crassostreas gigas) ne sont pas sensibles.

La pathogénie de l'infection est encore très mal connue. Le germe pourrait coloniser l'intestin puis, la lyse des bactéries par les enzymes digestives conduirait à la libération de toxines. Vibrio pectenicida synthétise une endotoxine, une toxine thermostable et ciliostatique, une ou plusieurs toxines capables d'altérer les hémocytes (cette action est forte sur les hémocytes de coquilles Saint-Jacques et faible sur les hémocytes d'huîtres, de clams ou de moules) et des protéases.

La prophylaxie peut se réaliser par un traitement aux rayons ultraviolets de l'eau de mer admise dans les élevages et par un traitement antibiotique des œufs.

 

Orientation bibliographique

 

LAMBERT (C.), NICOLAS (J.L.), CILIA (V.) et CORRE (S.) : Vibrio pectenicida sp. nov., a pathogen of scallop (Pecten maximus) larvae. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 481-487.

NOCOLAS (J.L.), CORRE (S.), GAUTHIER (G.), ROBERT (R.) et ANSQUER (D.) : Bacterial problems associated with scallop Pecten maximus larval culture. Dis. Aquat. Org., 1996, 27, 67-76.

 

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* : Les caractères biochimiques ont été étudiés en galerie API 20E ou par des techniques conventionnelles. Les tests d'assimilation ont été réalisés en utilisant le système Biolog (Biolog GN Microplates). Pour tous ces tests, les milieux sont additionnés de 2 p. cent de NaCl.

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** : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose

Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
Peptone : 1,0 p. cent (poids/volume)
Thiosulfate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Bile de boeuf : 0,8 p. cent (poids/volume)
Saccharose : 2,0 p. cent (poids/volume)
NaCl : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de fer : : 0,1 p. cent (poids/volume)
Bleu de bromothymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Bleu de thymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Agar : 1,4 p. cent (poids/volume)
pH : 8,6

Porter à ébullition pour dissoudre les ingrédients. Ne pas autoclaver.

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