J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 26 mai 2000
Dernière mise à jour le 05 avril 2007

 

VAGOCOCCUS

 

Voir aussi le fichier ¤ Enterococcaceae.

Autres dénominations :
Dénominations vernaculaires de Vagococcus fluvialis : streptocoques lactiques mobiles, streptocoques mobiles du groupe N, lactocoques mobiles, souches apparentées à Lactococcus lactis.

 

Systématique

 

D'après leurs caractères phénotypiques, les coques à Gram positif, catalase négative, possédant l'antigène du groupe N de Lancefield se répartissent en deux groupes.
Le premier groupe, constitué par des bactéries immobiles, a été placé dans le genre Lactococcus par Schleifer et al. (1985).
Le deuxième groupe, regroupant des coques présentant une ciliature péritriche, a été désigné sous les noms de "streptocoques lactiques mobiles" ou de "streptocoques mobiles du groupe N" ou de "lactocoques mobiles" ou de "souches apparentées à Lactococcus lactis". L'étude de la séquence de l'ARNr 16S a permis à Collins et al. de placer ces coques mobiles dans un nouveau genre, le genre Vagococcus, phylogénétiquement proches du genre ¤ Enterococcus.

Initialement, le genre Vagococcus comprenait une seule espèce, Vagococcus fluvialis. Ultérieurement, cinq nouvelles espèces ont été incluses dans ce genre sur la base d'études phylogénétiques et/ou des hybridations ADN-ADN : Vagococcus carniphilus, Vagococcus elongatus, Vagococcus fessus, Vagococcus lutrae et Vagococcus salmoninarum.

 

Caractères bactériologiques

 

Il n'est pas facile de donner les caractéristiques phénotypiques du genre Vagococcus car les auteurs ayant décrit les six espèces du genre n'ont pas étudié les mêmes caractères. De plus, les techniques utilisées ne sont pas identiques et le nombre de souches étudiées est parfois faible (une seule souche pour Vagococcus elongatus et Vagococcus lutrae, deux souches pour Vagococcus fessus).

Le genre Vagococcus regroupe des coques ou des bactéries ovoïdes ou des bactéries de forme irrégulière pour Vagococcus lutrae, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou en courtes chaînes, à Gram positif, non sporulés, aéro-anaérobies facultatifs, catalase négative, chimio-organotrophes à métabolisme fermentatif, fermentant le glucose (sans gaz) en produisant essentiellement de l'acide lactique.
. Sur gélose au sang de mouton, les colonies sont petites, non pigmentées et celles de Vagococcus fessus, Vagococcus fluvialis et de Vagococcus salmoninarum s'entourent d'une zone d'hémolyse alpha. Une des deux souches de Vagococcus fessus cultive en donnant soit des colonies blanches soit des colonies grises.
. Les huit souches de Vagococcus fluvialis testées par Teixeira et al. (1997) ainsi que la souche type de Vagococcus salmoninarum et les neuf souches de Vagococcus carniphilus réagissent avec la sonde AccuProbe Enterococcus (Gen-Probe).
. Certaines souches de Vagococcus fluvialis et de Vagococcus salmoninarum donnent, tardivement, une réaction faiblement positive avec un sérum dirigé contre l'antigène du groupe D de Lancefield (sérotypage réalisé selon la technique de Lancefield).

La mobilité et la présence de l'antigène du groupe N, caractères ayant servi à caractériser le genre, sont en fait variables :
. Vagococcus fluvialis a été initialement décrit comme une espèce mobile par ciliature péritriche mais la mobilité est en fait variable selon les souches. La présence de l'antigène du groupe N a été signalée par Collins et al. 1989 mais n'a pas été recherchée par d'autres auteurs.
. Vagococcus salmoninarum est immobile et dépourvu de l'antigène du groupe N.
. L'unique souche de Vagococcus lutrae est mobile et la recherche de l'antigène N n'a pas été effectuée.
. La mobilité de Vagococcus carniphilus est variable selon les souches et la recherche de l'antigène du groupe N n'a pas été effectuée pour cette espèce.
. L'étude de la mobilité et la recherche de l'antigène du groupe N n'ont pas été effectuées pour Vagococcus fessus.
. L'unique souche de Vagococcus elongatus est immobile et la recherche de l'antigène N n'a pas été effectuée.

Quelques caractères permettant de différencier le genre Vagococcus d'autres genres de la famille des Streptococcaceae figurent dans le tableau I et quelques caractères permettant de différencier les cinq espèces sont donnés dans le tableau II.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Vagococcus fluvialis est isolé de l'eau de rivière et de diverses espèces animales : bovins (amygdales, cerveau, poumons), chats (amygdales, foie, rate), chevaux (amygdales), porcs (foie, cerveau, poumons, cœur, reins, articulations, cavité abdominale, avortons), poulets (fèces). La plupart des souches sont isolées en association avec d'autres bactéries et le pouvoir pathogène de cette espèce est inconnu.
Vagococcus fluvialis a également été isolé de divers prélèvements chez l'homme : sang, liquide péritonéal, liquide céphalo-rachidien, plaie provoquée par la morsure d'un agneau, plaie digitée.

Vagococcus salmoninarum a été isolé aux U.S.A., en Australie et en Norvège de salmonidés (Salmo salar, Salmo trutta, Oncorhynchus mykiss) adultes atteints de péritonite et/ou de troubles de la reproduction. Le pouvoir pathogène de cette espèce est probable mais n'a pas fait l'objet d'une reproduction expérimentale.

L'unique souche de Vagococcus lutrae a été isolée du sang, du foie, de la rate et des poumons d'une loutre (Lutra lutra), vivant dans l'île de Mull (Royaume Uni) et victime d'un accident de la route. L'habitat et le pouvoir pathogène de cette espèce sont inconnus.

Deux souches de Vagococcus fessus sont actuellement répertoriées.
Une souche a été isolée en culture pure du foie et d'un rein d'un phoque (nom d'espèce non précisé) trouvé mort sur les côtes écossaises.
La deuxième souche provient du cadavre d'un marsouin femelle échoué sur les côtes écossaises. Cette souche a été isolée du péritoine, de la rate, du foie, des reins, des poumons, du cerveau, du placenta et de l'intestin grêle. Les analyses bactériologiques effectuées sur les poumons ont également permis d'identifier une souche de Salmonella sp. et celles effectuées sur le cerveau ont permis d'isoler une souche de Proteus sp.
L'habitat et le pouvoir pathogène de cette espèce ne sont pas connus.

Les neuf souches de Vagococcus carniphilus, étudiées par Shewmaker et al., provenaient de viande de bœuf. De manière similaire à certaines souches de Vagococcus fluvialis, il n'est pas exclu que Vagococcus carniphilus puisse se comporter comme une bactérie pathogène opportuniste.

L'unique souche de Vagococcus elongatus a été isolée de lisiers de porcs.

 

Diagnostic bactériologique

 

Bien que les vagocoques forment un groupe phylogénétiquement distinct, ils sont difficiles à différencier des lactocoques et des ¤ entérocoques.

Les Vagococcus sp. se différencient des Lactococcus sp. car ces derniers sont toujours immobiles et généralement ADH positive. De plus, contrairement à Vagococcus carniphilus, Vagococcus fluvialis et à Vagococcus salmoninarum, les lactocoques ne réagissent pas avec la sonde AccuProbe Enterococcus (Gen-Probe).

Les souches mobiles de Vagococcus sp. se différencient des entérocoques mobiles (Enterococcus casseliflavus, Enterococcus flavescens, Enterococcus gallinarum) par leur incapacité à acidifier le L-arabinose et le raffinose.

Les souches immobiles (à l'exception des souches immobiles de Vagococcus fluvialis ) donnent une réponse négative aux tests hydrolyse de l'arginine, acidification du mannitol et acidification du sorbose. Au sein du genre ¤ Enterococcus, seuls Enterococcus asini, Enterococcus cecorum, Enterococcus phoeniculicola et Enterococcus sulfureus donnent des résultats identiques. Toutefois, contrairement aux Vagococcus spp., ces entérocoques acidifient le lactose.

Les souches immobiles de Vagococcus fluvialis sont particulièrement difficiles à différencier des entérocoques. On peut cependant se baser sur le fait que la majorité des entérocoques cultive à 45 °C ou en présence de 6,5 p. cent de NaCl alors que la majorité des souches de Vagococcus fluvialis n'est pas capable de croître dans ces conditions.

Les caractères permettant de distinguer les diverses espèces du genre Vagococcus sont donnés dans le tableau II.

Les souches de Vagococcus salmoninarum doivent être différenciées des autres espèces phénotypiquement proches et isolées des poissons comme Lactococcus piscium, Lactococcus garvieae ou ¤ Carnobacterium piscicola (voir tableau III).

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Seuls quelques rares articles font état de la sensibilité aux antibiotiques de Vagococcus fluvialis et de Vagococcus salmoninarum.
Ces deux espèces sont sensibles à l'ampicilline, au céfotaxime, à l'association triméthoprime-sulfaméthoxazole et à la vancomycine alors qu'une résistance est observée vis-à-vis de la clindamycine et de l'ofloxacine. Une sensibilité variable selon les souches est notée pour le céfaclor, la céfazoline, le céfixime, le céfotaxime, la ceftriaxone, le céfuroxime, le chloramphénicol, la ciprofloxacine, la clarithromycine, l'érythromycine, la gentamicine, l'oxacilline, la pénicilline G, la rifampicine, la tétracycline et la tobramycine.

 

Orientation bibliographique

 

Culture Collection of the University of Göteborg, Search CCUG databases (la consultation de ce site permet d'obtenir des informations complémentaires, non données dans l'article de Hoyles et al. 2000, sur les souches de Vagococcus fessus).

COLLINS (M.D.), ASH (C.), FARROW (J.A.E.), WALLBANKS (S.) et WILLIAMS (A.M.): 16S ribosomal ribonucleic acid sequence analyses of lactococci and related taxa. Description of Vagococcus fluvialis gen. nov., sp. nov. J. Appl. Bacteriol., 1989, 67, 453-460.

FACKLAM (R.) et ELLIOTT (J.A.) : Identification, classification, and clinical relevance of catalase-negative, Gram-positive cocci, excluding the streptococci and enterococci. Clin. Microbiol. Rev., 1995, 8, 479-495.

HOYLES (L.), LAWSON (P.A.), FOSTER (G.), FALSEN (E.), OHLÉN (M.), GRAINGER (J.M.) et COLLINS (M.D.) : Vagococcus fessus sp. nov., isolated from a seal and a harbour porpoise. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2000, 50, 1151-1154.

LAWSON (P.A.), FALSEN (E.), COTTA (M.A.) et WHITEHEAD (T.R.) : Vagococcus elongatus sp. nov., isolated from a swine-manure storage pit. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2007, 57, 751-754.

LAWSON (P.A.), FOSTER (G.), FALSEN (E.), OHLÉN (M.) et COLLINS (M.D.) : Vagococcus lutrae sp. nov., isolated from the common otter (Lutra lutra). Int. J. Syst. Bacteriol, 1999, 49, 1251-1254.

POT (B.), DEVRIESE (L.A.), HOMMEZ (J.), MIRY (C.), VANDEMEULEBROECKE (K.), KERSTERS (K.) et HAESEBROUCK (F.) : Characterization and identification of Vagococcus fluvialis strains isolated from domestic animals. J. Appl. Bacteriol., 1994, 77, 362-369.

SCHLEIFER (K.H.), KRAUS (J.), DVORAK (C.), KILPPER-BÄLZ (R.), COLLINS (M.D.) et FISCHER (W.) : Transfer of Streptococcus lactis and related streptococci to the genus Lactococcus gen. nov. Syst. Appl. Microbiol., 1985, 6, 183-195.

SCHMIDTKE (L.M.) et CARSON (J.) : Characteristics of Vagococcus salmoninarum isolated from diseased salmonid fish. J. Appl. Bacteriol., 1994, 77, 229-236.

SHEWMAKER (P.L.), STEIGERWALT (A.G.), MOREY (R.E.), CARVALHO (M. da G.S.), ELLIOTT (J.A.), JOYCE (K.), BARRETT (T.J.), TEIXEIRA (L.M.) et FACKLAM (R.R.) : Vagococcus carniphilus sp. nov., isolated from ground beef. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2004, 54, 1505-1510.

TEIXEIRA (L.M.), CARVALHO (M.D.G.S.), MERQUIOR (V.L.C.), STEIGERWALT (A.G.), BRENNER (D.J.) et FACKLAM (R.R.) : Phenotypic and genotypic characterization of Vagococcus fluvialis, including strains isolated from human sources. J. Clin. Microbiol., 1997, 35, 2778-2781.

WALLBANKS (S.), MARTINEZ-MURCIA (A.J.), FRYER (J.L.), PHILLIPS (B.A.) et COLLINS (M.D.) : 16S rRNA sequence determination for members of the genus Carnobacterium and related lactic acid bacteria and description of Vagococcus salmoninarum sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1990, 40, 224-230.

 

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