J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 31 janvier 2002
Dernière mise à jour le 15 janvier 2009

 

WEISSELLA

 

Voir aussi le fichier ¤ Leuconostocaceae.

Autres dénominations :
. Weissella confusa : Lactobacillus confusus, "Lactobacillus coprophilus subsp. confusus".
. Weissella halotolerans : Lactobacillus halotolerans, "Lactobacillus viridescens subsp. halotolerans".
. Weissella kandleri : Lactobacillus kandleri.
. Weissella minor : Lactobacillus minor, "Lactobacillus viridescens subsp. minor".
. Weissella paramesenteroides : Leuconostoc paramesenteroides.
. Weissella viridescens : Lactobacillus viridescens, "Lactobacillus viridescens subsp. minor".

 

Systématique

 

Des études phylogénétiques, basées sur les séquences des ARNr 16S et 23S, ont montré que les espèces du genre Leuconostoc sont hétérogènes et peuvent être divisées en trois groupes : un groupe comprenant Leuconostoc paramesenteroides, un groupe formé par Leuconostoc oeni (actuellement reclassé dans le genre Oenococcus) et un groupe rassemblant Leuconostoc mesenteroides (espèce type du genre) ainsi que les autres espèces du genre Leuconostoc.
Ces études révélaient également que cinq espèces hétérofermentaires* du genre Lactobacillus (Lactobacillus confusus, Lactobacillus halotolerans, Lactobacillus kandleri, Lactobacillus minor et Lactobacillus viridescens) étaient apparentées à Leuconostoc paramesenteroides.

En 1993, Collins et al. réalisent une étude taxonomique sur des souches bactériennes ressemblant à des Leuconostoc sp. et isolées de saucissons secs fabriqués en Grèce. L'étude des séquences des ARNr 16S permet de classer ces souches dans le groupe constitué par Leuconostoc paramesenteroides et les cinq espèces de lactobacilles hétérofermentaires. En se basant sur les résultats de leur étude et sur les résultats des études antérieures, Collins et al. transfèrent l'ensemble de ces espèces dans le nouveau genre Weissella et ils proposent la création de six nouvelles combinaisons (Weissella confusa, Weissella halotolerans, Weissella kandleri, Weissella minor, Weissella viridescens et Weissella paramesenteroides) pour reclasser Lactobacillus confusus, Lactobacillus halotolerans, Lactobacillus kandleri, Lactobacillus minor, Lactobacillus viridescens et Leuconostoc paramesenteroides ainsi que la création d'une nouvelle espèce (Weissella hellenica) pour les souches isolées de saucissons grecs. L'ensemble de ces propositions sera validement publié en 1994 par inscription sur la liste de validation n° 49.
Le genre Weissella est actuellement inclus dans la famille des ¤ Leuconostocaceae.

Ultérieurement, six nouvelles espèces, Weissella cibaria, Weissella ghanensis, Weissella kimchii, Weissella koreensis, Weissella soli et Weissella thailandensis, ont été placées dans le genre Weissella. Ces cinq taxons ont été inclus dans le genre Weissella sur la base des résultats des homologies ADN - ADN et du séquençage des ARNr 16S.
En mars 2004, Ennahar et Cai montrent que Weissella cibaria et Weissella kimchii constituent une unique espèce qui en fonction des règles de priorité doit être appelée Weissella cibaria.

 

Caractères bactériologiques

 

Les espèces du genre Weissella sont constituées de courts bacilles ou de coccobacilles ou des coques ovoïdes, à Gram positif, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou en courtes chaînes, non sporulés, immobiles, possédant un peptidoglycane du type A3alpha (voir le fichier ¤ "Classification des peptidoglycanes selon Schleifer et Kandler"), catalase négative (Weissella paramesenteroides peut produire une pseudocatalase lorsqu'elle est cultivée sur un milieu pauvre en glucose), oxydase négative, aéro-anaérobies ou micro-aérophiles, chimio-organotrophes, hétérofermentaires stricts, cultivant à 15 °C, ayant des exigences nutritionnelles complexes.

Les Weissella sp. cultivent mal dans les bouillons traditionnels (cœur, cœur-cervelle, bouillon trypticase-soja...) et dans le bouillon de Todd-Hewitt. En revanche, la croissance est bonne en bouillon MRS** et la présence de gaz (cloche de Durham) peut être détectée après 48 ou 72 heures d'incubation.
Après 24 heures d'incubation, les colonies obtenues sur gélose cœur-cervelle, gélose trypticase-soja ou Columbia au sang ont une couleur grisâtre ou blanchâtre, elles sont rondes, légèrement convexes, à contour régulier, peu luisantes et leur diamètre est inférieur à 1 mm.
Quelques caractères permettant de différencier le genre Weissella des coques ou des bactéries coccoïdes à Gram positif et catalase négative sont donnés dans le tableau I. On peut remarquer que la sensibilité à la vancomycine, la production d'une pyrrolydonyl arylamidase ou la synthèse d'une leucine aminopeptidase, caractères considérés comme importants en bactériologie médicale pour orienter le diagnostic, n'ont pas été recherchées pour Weissella cibaria, Weissella koreensis, Weissella thailandensis et Weissella soli.

Quelques caractères phénotypiques permettant de différencier les espèces sont donnés dans le tableau II. Toutefois, l'identification par les méthodes bactériologiques classiques est difficile (les résultats diffèrent souvent selon les auteurs et/ou les techniques utilisées), le diagnostic devrait faire appel à un ensemble de techniques génétiques et phénotypiques et il devrait être réalisé en testant en parallèle un ensemble de souches types ou de souches de référence.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les Weissella sp. sont isolées de sources très diverses :
. Weissella cibaria est présente dans des plats traditionnels malaysiens comme le tapai (préparation culinaire fermentée et sucrée à base de manioc ou de riz gluant) et le chili bo (préparation culinaire non fermentée contenant du piment et de la farine de maïs). Cette espèce est également isolée d'un plat traditionnel coréen, le kimchi (plat de légumes fermentés confectionné avec du chou, du radis, du navet ou des concombres)
. Weissella confusa a été isolée de cannes à sucre, de jus de carottes, d'ensilages d'herbe et plus rarement du lait cru et des eaux usées.
. Weissella ghanensis a été isolée de noix de coco fermentés.
. Weissella halotolerans, Weissella hellenica et Weissella viridescens sont couramment isolées de viandes séchées ou fumées ou de produits de charcuterie comme les saucissons secs.
Weissella viridescens peut être responsable d'un verdissement des produits carnés. Ce verdissement résulte de la production bactérienne d'eau oxygénée et d'une exposition à l'oxygène de l'air qui provoquent une oxydation de la myoglobine (avec formation de cholémyoglobine) et des prophyrines.
. Weissella kandleri aurait pour habitat les plantes des régions désertiques.
. Weissella koreensis est isolée d'un plat traditionnel coréen, le kimchi (plat de légumes fermentés confectionné avec du chou, du radis, du navet ou des concombres).
. Weissella minor a été isolée de la boue de machines utilisées dans l'industrie laitière.
. Weissella paramesenteroides est abondante dans les végétaux frais et semble jouer un rôle dans les premières phases de la fermentation des ensilages.
. Weissella thailandensis est isolée de poissons fermentés rentrant dans la préparation de plats traditionnels thaïlandais (pla-ra et pla-chom).
. Weissella soli semble avoir pour habitat le sol car les quatre souches de cette espèce ont toutes été isolées du sol d'un jardin de l'Université des Sciences Agricoles d'Uppsala (Suède).
. Certaines espèces du genre Weissella peuvent se rencontrer dans la bouche et l'intestin de l'homme et des animaux. Ainsi, Weissella confusa a pu être isolée de la salive et des fèces de l'homme et Weissella cibaria des fèces de l'homme.

Weissella cibaria, Weissella confusa et Weissella paramesenteroides sont occasionnellement isolées de prélèvements soumis à des laboratoires de bactériologie.
Weissella cibaria a été identifiée dans des prélèvements humains de vésicule biliaire, dans le foie d'un canari et dans au moins trois prélèvements effectués chez des chiens souffrant d'otite externe.
Chez l'homme, Weissella confusa a été mise en évidence dans des hémocultures, dans des urocultures, dans des drains ou dans des prélèvements de vésicule biliaire. Chez le chien cette espèce a été isolée d'un cas d'otite externe et d'un prélèvement (nature inconnue) effectué à la faveur d'une autopsie.
Weissella paramesenteroides a été isolée de plusieurs hémocultures.

Dans la très grande majorité des cas, les souches de Weissella sp. sont associées à d'autres bactéries et/ou sont isolées chez des patients souffrant de pathologies chroniques et ces bactéries sont généralement considérées comme non pathogènes. Toutefois, pour Olano et al., une souche de Weissella sp. isolée, même en association, d'une hémoculture doit être considérée comme potentiellement pathogène.

 

Orientation bibliographique

 

BJÖRKROTH (K.J.), SCHILLINGER (U.), GEISEN (R.), WEISS (N.), HOSTE (B.), HOLZAPFEL (W.H.), KORKEALA (H.J.) et VANDAMME (P.) : Taxonomic study of Weissella confusa and description of Weissella cibaria sp. nov., detected in food and clinical samples. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 141-148.

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COLLINS (M.D.), SAMELIS (J.), METAXOPOULOS (J.) et WALLBANKS (S.) : Taxonomic studies on some Leuconostoc-like organisms from fermented sausages: description of a new genus Weissella for the Leuconostoc paramesenteroides group of species. J. Appl. Bacteriol. 1993, 75, 595-603.

Culture Collection of the University of Göteborg (CCUG)

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ENNAHAR (S.) et CAI (Y.) : Genetic evidence that Weissella kimchii Choi et al. 2002 is a later heterotypic synonym of Weissella cibaria Björkroth et al. 2002. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2004, 54, 463-465.

EUZÉBY (J.P.) : Weissella in List of Prokaryotic names with Standing in Nomenclature.

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MARTINEZ-MURCIA (A.J.), HALDAND (N.M.) et COLLINS (M.D.) : Phylogenetic analysis of some leuconostocs and related organisms as determined from large-subunit rRNA gene sequences: assessment of congruence of small- and large-subunit rRNA derived trees. J. Appl. Bacteriol., 1993, 74, 532-541.

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* : Les bactéries hétérofermentaires stricts fermentent les hexoses (voie hétérofermentaire de la 6-phosphogluconate déshydrogénase / phosphocétolase) en acide lactique, acide acétique ou éthanol et dioxyde de carbone et dégradent les pentoses (voie hétérofermentative de la glycéraldéhyde-3-phosphate / pyruvate kinase / lactate déshydrogénase) en acide acétique et en acide lactique. Ces bactéries produisent du dioxyde de carbone lors de la fermentation du glucose et du gluconate.

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** : Composition (pour 1 litre de milieu) du bouillon et de la gélose MRS (DeMan, Rogosa et Sharpe) :

Glucose : 20,0 g
Peptone : 10,0 g
Extraits de viande de bœuf : 8,0 g
Acétate de sodium, 3H2O : 5,0 g
Extraits de levure : 4,0 g
K2HPO4 : 2,0 g
Citrate d'ammonium : 2,0 g
MgSO4.7H2O : 0,2 g
MnSO4.4H2O : 0,05 g
Tween 80 : 1,0 mL

Pour la gélose, rajouter 10,0 g d'agar.

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