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Dernière mise à jour le 13 juillet 2000
YERSINIA RUCKERI
Dénominations vernaculaires : "redmouth (ou red mouth) bacterium" ou "enteritic redmouth (ou red mouth) bacterium". Ces deux dénominations sont très utilisées dans les publications de langue anglaise. Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).
Systématique
En 1966, Ross et al. décrivent un bacille à Gram négatif, mobile grâce à une ciliature péritriche, oxydase négative, à métabolisme fermentatif, isolé des reins de truites (Salmo gairdneri) atteintes de la "maladie de la bouche rouge" (redmouth disease). Les caractères biochimiques de cette bactérie évoquaient un représentant de la famille des Enterobacteriaceae.
Caractères bactériologiques
Yersinia ruckeri est un bacille très légèrement incurvé, de 1,0 µm de diamètre sur 2,0 à 3,0 µm de longueur, donnant parfois des formes filamenteuses dans les vieilles cultures, généralement mobile à une température inférieure à 27 °C grâce à une ciliature péritriche, présentant les caractères généraux de la famille des Enterobacteriaceae*.
. Après 24 ou 48 heures d'incubation, cette bactérie donne une réponse positive aux tests catalase, réduction des nitrates (certaines souches ne donnent une réponse positive qu'après une incubation prolongée), lysine décarboxylase (certaines souches ne donnent une réponse positive qu'après une incubation prolongée), ornithine décarboxylase, rouge de méthyle, gamma-glutamyl transférase, hydrolyse du Tween 20, du Tween 40 et du Tween 60, fermentation du fructose, du galactose, du glucose (avec généralement production de gaz si l'incubation est réalisée à 18 °C), du D-mannitol, du maltose, du D-mannose, du ribose et du tréhalose.
Le germe cultive sur des milieux d’usage courant telles que la gélose trypticase soja ou la gélose cœur-cervelle. Après 48 heures d’incubation à 20-25 °C, les colonies sont lisses, circulaires et leur diamètre atteint 2 à 3 mm. La culture se développe sur gélose de MacConkey et 90 p. cent des souches poussent sur gélose Salmonella-Shigella incubée à 22 °C. Sur gélose au sang de mouton, quelques souches apparaissent hémolytiques. La croissance à 37 °C est un caractère variable selon les souches.
Yersinia ruckeri est une espèce sérologiquement hétérogène et six sérovars ont été décrits.
Les études d'homologie ADN - ADN, réalisées par De Grandis et al., montrent que les souches des sérovars II, III (actuellement assimilé au sérovar I), V et VI sont bien des souches de Yersinia ruckeri par contre, les souches du sérovar IV ainsi que des souches non typables et capables de fermenter à la fois l'arabinose et le rhamnose doivent être exclues de ce taxon. Ces souches semblent correspondre à ¤ Hafnia alvei. En 1993, Romalde et al. ont proposé un nouveau schéma de sérotypage pour tenir compte de l'assimilation du sérovars III au sérovar I et pour tenir compte de l'exclusion des souches du sérovar IV. La nomenclature proposée est la suivante : sérovar O1 subdivisé en deux sous-groupes : O1a (anciennement sérovar I), O1B (anciennement sérovar III) ; sérovar O2 (anciennement sérovar II), subdivisé en trois sous-groupes : O2a, O2b et O2c ; sérovar O3 (anciennement sérovar V) et sérovar O4 (anciennement sérovar VI).
Habitat et pouvoir pathogène
Yersinia ruckeri est présente dans de nombreuses régions du monde mais son habitat n’est pas connu avec certitude. Cette espèce survit dans les eaux faiblement salées (survie d'au moins 4 mois dans de l’eau contenant de 0 à 20 p. mille de NaCl, survie durant plus de 245 jours dans une eau contenant 5 p. 1000 de NaCl mais, survie limitée à 32 jours dans une eau contenant 35 p. 1000 de NaCl), dans les sédiments et elle serait un constituant des flores des eaux douces. Un autre réservoir semble être constitué par les poissons porteurs sains ainsi que par des invertébrés aquatiques (écrevisse) ou des mammifères tels que le rat musqué ou la loutre (Lutra lutra).
Yersinia ruckeri est l’agent d’une maladie des poissons connue sous le nom de "maladie de la bouche rouge" (redmouth disease ou enteritic redmouth disease). La yersiniose a d’abord été décrite aux USA, au Canada et en Amérique du Sud puis, à partir de 1978, des épizooties ont été décrites en Australie, en Afrique du Sud et en Europe (Allemagne, Bulgarie, Danemark, Espagne, Finlande, France, Italie, Norvège, Royaume Uni, Suisse, Yougoslavie...).
L'infection touche principalement les salmonidés (Oncorhynchus mykiss = Salmo gairdneri : truite arc-en-ciel, Salmo clarki : truite fardée, Salmo trutta : truite fario, Salvelinus fontinalis : omble des fontaines, Salvelinus alpinus : omble chevalier, Salvelinus malma : omble d'Orégon, Oncorhynchus kisutch : saumon coho, Oncorhynchus nerka : saumon rouge , Oncorhynchus tshawytscha : saumon quinnat ou saumon royal ou saumon roi ou saumon chinook, Salmo salar : saumon de l'Atlantique...) mais, d’autres espèces (Acipenser baeri : esturgeon sibérien, Anguilla anguilla : anguille européenne, Cyprinus carpio : carpe, Coregonus artedii : cisco de l'est, Pimephales promelas : tête de boule, Dicentrarchus labrax : bar commun ou loup de mer, Psetta maxima : turbot...) peuvent être infectées. Les animaux d’une taille d’environ 7,5 cm sont les plus sévèrement atteints alors que, chez les animaux plus âgés, la maladie évolue sous une forme chronique. Des facteurs tels que les stress, les manipulations, la surpopulation, une diminution de la teneur en oxygène de l'eau, une surcharge en matière organique et une variation de la température de l’eau sont des facteurs prédisposants. La température de l'eau est un paramètre particulièrement important et les pics d’infection surviennent lorsque la température est comprise entre 15 et 18 °C. Par contre, à une température inférieure à 10 °C, les cas sont moins nombreux.
Une forme clinique différente, se traduisant par des hémorragies oculaires et appelée "maladie de la tache de sang" (salmonid blood spot disease) a été décrite en Australie. Farmer III et al. (1985) mentionnent qu'une souche de Yersinia ruckeri (la souche 0724-77) a été isolée de la bile d'un patient du Connecticut. L'éventuel pouvoir pathogène de cette souche n'est pas documenté et, à la connaissance de l'auteur, aucune autre souche n'a été isolée de l'homme.
Facteurs de pathogénicité
Les souches les plus virulentes sont celles du sérovar O1a suivies des souches des sérovars O2 et O1b. Yersinia ruckeri est dépourvue du plasmide pYV (plasmid responsible for Yersinia virulence) et les facteurs de pathogénicité ne sont pas totalement identifiés.
. Quel que soit le sérovar, Yersinia ruckeri est apte à adhérer et à pénétrer dans des cellules CHSE-214 (cellules d'embryon de saumon chinook). La souche type de Yersinia ruckeri est également capable de pénétrer dans des cellules FHM (cellules épithéliales de Pimephales promelas). Les mécanismes en cause ne sont toutefois pas identifiés.
Diagnostic bactériologique
L’isolement, réalisé le plus souvent à partir des reins, fait appel à des milieux telle que la gélose trypticase soja incubée 48 heures à 20-26 °C. Les colonies sont ensuite identifiées par la recherche des caractères bactériologiques qui peut se réaliser grâce aux kits proposés pour les entérobactéries. Toutefois, Yersinia ruckeri n'est pas toujours répertoriée dans les bases de données et ces kits identifient parfois le germe comme étant une souche de ¤ Hafnia alvei voire même une souche de Shigella sp. (Vitek GNI card).
Des milieux sélectifs et/ou d'orientation peuvent être utilisés notamment pour rechercher la bactérie chez les animaux porteurs sains :
Un test PCR, amplifiant un fragment de l'ADNr 16S de 322 pb, permet la caractérisation de la bactérie directement dans les tissus (sensibilité : 2 × 104 CFU/g). Ce test serait particulièrement utile pour détecter les animaux porteurs sains. Un diagnostic sérologique par immunofluorescence indirecte, par ELISA ou par agglutination passive est parfois utilisé pour le dépistage des poissons infectés chroniques.
Sensibilité aux antibiotiques
Le traitement fait appel le plus souvent aux tétracyclines, aux sulfamides, à la tiamuline et à l’acide oxolinique mais, quelques souches hébergent des plasmides conférant une résistance à un ou à plusieurs de ces antibiotiques.
Prophylaxie médicale
Des essais de vaccinations ont été entrepris dès 1965 et, en 1976, le vaccin yersiniose a été le premier vaccin autorisé en aquaculture aux États Unis.
Orientation bibliographique
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* : Caractères bactériologiques de la famille des Enterobacteriaceae : voir le fichier Enterobacteriaceae, "Enterobacteriales".
** : Milieu de Waltman et Shotts. Composition pour 1 litre :
Agar : 15 g
*** : Milieu Ribose Ornithine Désoxycholate (ROD). Composition pour 1 litre :
Agar Oxoid n° 1 : 12,50 g
**** : Milieu de Furones et al.
Gélose trypticase soja additionnée de 1 p. cent de SDS (dodécyl sulfate de sodium) et de 100 µg/mL de bleu de coomassie.
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