J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 12 février 2010

 

ARCANOBACTERIUM

 

Autres dénominations :
Arcanobacterium bernardiae : Actinomyces bernardiae.
Arcanobacterium haemolyticum : "Corynebacterium haemolyticum".
Arcanobacterium pyogenes : "Bacillus pyogenes", Corynebacterium pyogenes, Actinomyces pyogenes.

 

Systématique

 

Le genre Arcanobacterium a été créé pour une espèce préalablement connue sous le nom de "Corynebacterium haemolyticum" et il compte actuellement huit espèces : Arcanobacterium bernardiae, Arcanobacterium bialowiezense, Arcanobacterium bonasi, Arcanobacterium haemolyticum, ¤ Arcanobacterium hippocoleae, ¤ Arcanobacterium phocae, ¤ Arcanobacterium pluranimalium et ¤ Arcanobacterium pyogenes.

"Corynebacterium haemolyticum" a été isolé pour la première fois en 1946 de cas d'infections de l'homme et placé dans le genre Corynebacterium. La position taxonomique de cette bactérie ainsi que ses relations avec Corynebacterium pyogenes (actuellement ¤ Arcanobacterium pyogenes) ont été controversées et cette nomenclature n'a pas été intégrée dans les Approved Lists of Bacterial Names.
Certains auteurs, ont proposé de placer "Corynebacterium haemolyticum" et Corynebacterium pyogenes dans le genre Streptococcus et ont considéré que "Corynebacterium haemolyticum" n'était qu'un mutant de Corynebacterium pyogenes.
En 1982, Collins et al. montrent que "Corynebacterium haemolyticum" et Corynebacterium pyogenes sont deux taxons distincts (notamment ils diffèrent par la structure de leurs ménaquinones) et que "Corynebacterium haemolyticum" et Corynebacterium pyogenes ne sont ni des streptocoques ni des corynébactéries. Les auteurs concluent que Corynebacterium pyogenes devrait être placé dans le genre Actinomyces et que la position taxonomique de "Corynebacterium haemolyticum" reste à élucider.
Dans une publication ultérieure, en se basant sur les résultats d'études de taxonomie numérique et de chimiotaxonomie, Collins et al. (1982) confirment leurs résultats et ils proposent de placer "Corynebacterium haemolyticum" dans le nouveau genre Arcanobacterium avec la nomenclature de Arcanobacterium haemolyticum. Ces nouvelles nomenclatures ont été validées en 1983.
Les travaux de Stackebrandt et al. (1997) permettent de placer le genre Arcanobacterium dans la classe des ¤ Actinobacteria, sous-classe des Actinobacteridae, ordre des Actinomycetales, sous-ordre des Actinomycineae, famille des Actinomycetaceae.

Corynebacterium pyogenes est une espèce connue depuis longtemps et cette nomenclature figure dans les Approved Lists of Bacterial Names. Toutefois, l'absence d'acide mycolique, l'absence de communauté antigénique avec d'autres corynébactéries (dont Corynebacterium diphtheriae), la présence de lysine au lieu de l'acide meso-diaminopimélique dans la chaîne tétrapeptidique du peptidoglycane, la présence de glucose et de rhamnose au lieu de galactose et d'arabinose comme sucres majeurs de la paroi, l'absence de catalase, l'absence de métabolisme aérobie et les résultats de plusieurs études de taxonomie numérique suggéraient que cette bactérie n'était pas une corynébactérie.
En dépit de quelques caractéristiques communes avec les streptocoques (du fait de la présence de rhamnose, Corynebacterium pyogenes réagit avec un sérum spécifique dirigé contre l'antigène du groupe G de Lancefield), Corynebacterium pyogenes n'appartient pas au genre Streptococcus car il a un métabolisme hétérofermentaire, il possède un cytochrome et la valeur de son G + C p. cent est plus élevée.
En 1982, Reddy et al. proposent de transférer Corynebacterium pyogenes dans le genre Actinomyces. Leur argumentation repose sur la nature des acides produits lors de la fermentation du glucose, sur le fait que Corynebacterium pyogenes, comme la plupart des Actinomyces sp., est une bactérie anaérobie aérotolérante, sur des similitudes dans les caractères biochimiques, sur des similitudes dans la composition de la paroi et dans l'ultrastructure, sur la présence de cytochrome b également retrouvé chez certains Actinomyces sp., sur la présence de communautés antigéniques avec Actinomyces odontolyticus et sur la valeur du G + C p. cent. Dans une étude ultérieure, une autre équipe arrive à des conclusions similaires et propose également le transfert de Corynebacterium pyogenes dans le genre Actinomyces.
En 1997, Pascual Ramos et al. comparent les séquences des gènes codant pour l’ARNr 16S de toutes les espèces du genre Actinomyces (à l’exception de Actinomyces europaeus et de Actinomyces graevenitzii qui n’ont été décrites qu’en 1997), d’une souche de Actinomyces sp. (la souche M2546/94/1) isolée d’un phoque (Phoca vitulina) et de Arcanobacterium haemolyticum. Leurs résultats révèlent que Actinomyces pyogenes et Arcanobacterium haemolyticum sont étroitement apparentés ce qui conduit les auteurs à transférer Actinomyces pyogenes dans le genre Arcanobacterium.

L'étude de Pascual Ramos et al. (1997) montre également que Actinomyces bernardiae ainsi que la souche M2546/94/1 sont phylogénétiquement proches de Arcanobacterium haemolyticum. Aussi, ces auteurs proposent une nouvelle combinaison (Arcanobacterium bernardiae) et la création d'une nouvelle espèce, ¤ Arcanobacterium phocae, pour accueillir la souche M2546/94/1 et 5 autres souches phénotypiquement semblables et toutes isolées de phoques.

En janvier 2001, Lawson et al. publient les résultats d'une étude bactériologique portant sur deux souches qualifiées de Arcanobacterium-like et ces auteurs montrent qu'elles constituent une nouvelle espèce, ¤ Arcanobacterium pluranimalium.

En mars 2002, Hoyles et al. valident la nomenclature de ¤ Arcanobacterium hippocoleae pour une unique souche bactérienne isolée du vagin d'une jument.

Arcanobacterium bialowiezense et Arcanobacterium bonasi sont les nomenclatures validement publiées le 06 avril 2006 pour des souches isolées de bisons (Bison bonasus) souffrant de balanoposthites. L'inclusion de ces deux espèces dans le genre Arcanobacterium conduit Lehnen et al. 2006 à modifier la description du genre.

En juin 2009, Azuma et al. valident la nomenclature de ¤ Arcanobacterium abortisuis pour la souche Murakami isolée du placenta d'une truie après un avortement.

 

Caractères bactériologiques

 

La définition du genre Arcanobacterium Collins et al. 1982 emend. Lehnen et al. 2006 est la suivante :

. L'examen d'une culture de 18 heures effectuée sur gélose au sang révèle des bacilles ténus, de forme irrégulière souvent groupés en V. Lorsque les cultures vieillissent, les bactéries deviennent granuleuses et se segmentent si bien qu'elles peuvent avoir l'allure de petits coques de forme irrégulière. Quelle que soit leur morphologie, ce sont des germes à Gram positif, non acidorésistants, immobiles et non sporulés.

. Le type respiratoire est aéro-anaérobie. Toutefois, l'unique souche de ¤ Arcanobacterium abortisuis est anaérobie.
La température optimale de croissance est de 37 °C et la croissance est favorisée par l'adjonction de sang ou de sérum ainsi que par une incubation effectuée dans une atmosphère enrichie en dioxyde de carbone. Un chauffage de 15 min. à 60 °C provoque la mort des bactéries.
Le glucose, la dextrine, le lactose et d'autres sucres sont ou peuvent être acidifiés.
Une réponse négative est notée pour les tests réduction des nitrates et uréase. L'unique souche de ¤ Arcanobacterium abortisuis est cependant nitrate réductase positive.
La réponse au test catalase est variable selon les espèces ou les souches.

. Le troisième acide aminé de la chaîne tétrapeptidique du peptidoglycane est de la lysine, la paroi ne contient pas d'acide mycolique et les acides gras à longues chaînes sont des acides non ramifiés et mono-insaturés. Les principales quinones respiratoires sont des ménaquinones tétrahydrogénées à 9 unités isoprènes ou des ménaquinones tétrahydrogénées à 10 unités isoprènes.

Les caractères bactériologiques permettant de distinguer les huit espèces du genre figurent dans le tableau I et dans le tableau II.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Toutes les espèces du genre Arcanobacterium sont isolées de prélèvements réalisés chez l'homme et/ou chez diverses espèces animales.

L'habitat de Arcanobacterium haemolyticum et de Arcanobacterium bernardiae n'est pas connu avec certitude. Ces deux espèces sont isolées d'infections de l'homme (infections pharyngées, infections cutanées, septicémies, infections du système nerveux central, endocardites et ostéomyélites pour Arcanobacterium haemolyticum, abcès, infections urinaires, infections oculaires, plaies et septicémies pour Arcanobacterium bernardiae). Dans le "Bergey's Manual of Systematic Bacteriology", Collins et Cummins précisent que Arcanobacterium haemolyticum a été parfois isolé chez des animaux domestiques, sans donner de précisions supplémentaires. À la connaissance de l'auteur, aucune autre publication ne fait état de l'isolement de cette bactérie en médecine vétérinaire.

L'unique souche de ¤ Arcanobacterium abortisuis a été isolée du placenta d'une truie à la suite d'un avortement.

Les quatre souches de Arcanobacterium bialowiezense et les neuf souches de Arcanobacterium bonasi, étudiées par Lehnen et al., ont été isolées du prépuce de bisons atteints de balanoposthite.

¤ Arcanobacterium hippocoleae a été isolé du vagin d'une jument et son pouvoir pathogène est incertain.

¤ Arcanobacterium phocae a été isolé chez des phoques et son pouvoir pathogène est incertain.

Deux souches de ¤ Arcanobacterium pluranimalium ont été isolées de marsouins (Phocoena phocoena) retrouvés morts sur les côtes écossaises et une souche provient d'un cadavre d'un cervidé (Cervus dama). D'autres souches sont également répertoriées dans le catalogue de la CCUG (Culture Collection, University of Göteborg, Sweden).

¤ Arcanobacterium pyogenes est bien connu des bactériologistes vétérinaires car cette espèce, souvent associée aux muqueuses des animaux, est responsable d’infections notamment chez les ruminants et chez le porc. Plus rarement, des infections sont décrites chez l’homme et principalement chez des sujets vivants en zone rurale.

 

Orientation bibliographique

 

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REDDY (C.A.), CORNELL (C.P.) et FRAGA (A.M.) : Transfer of Corynebacterium pyogenes (Glage) Eberson to the genus Actinomyces as Actinomyces pyogenes (Glage) comb. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1982, 32, 419-429.

 

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