J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 29 janvier 2001

 

ACTINOMYCES HORDEOVULNERIS

 

Systématique

 

Le nom de Actinomyces hordeovulneris a été donné à des souches d’actinomycètes isolées du chien et différant des autres espèces du genre par la composition en sucres de leur peptidoglycane, par leurs caractères biochimiques et par leur composition antigénique. Les études phylogénétiques confirment l'appartenance de cette espèce au genre Actinomyces et elles révèlent une parenté relative avec ¤ Actinomyces marimammalium (les séquences des ADNr 16S de ces deux espèces présentent environ 93 p. cent d'homologie).

 

Caractères bactériologiques

 

Actinomyces hordeovulneris se présente sous la forme de bacilles polymorphes rappelant les corynébactéries et de filaments ramifiés de 0,5 à 1,0 mm de diamètre, présentant des extrémités renflées. Après culture dans un bouillon enrichi en 15 p. cent de sérum de veau fœtal les filaments sont longs, très ramifiés et présentent des structures évoquant des protoplastes.
C’est une bactérie capnophyle, aéro-anaérobie facultative mais cultivant mieux en anaérobiose, dépourvue d’oxydase, présentant une activité catalasique faible, ne réduisant pas les nitrates, hydrolysant l’esculine, produisant une alpha-galactosidase, une bêta-glucosidase, une glycyl tryptophane arylamidase, une N-acétyl-bêta-glucosaminidase, une alanyl-phénylalanine proline arylamidase, acidifiant le cellobiose, le glucose, le lactose, le maltose, le tréhalose et le D-xylose, présentant un résultat négatif aux tests : VP, urée, acidification du L-arabinose, du glycérol, du mannitol, du mélézitose, du meso-inositol, du D-ribose et du rhamnose.
L'acidification du saccharose et du tréhalose ainsi que la production d'une alpha-glucosidase et d'une pyrazinamidase sont des caractères variables selon les souches.

Les cultures doivent être réalisées de dioxyde de carbone ou en anaérobiose et elles sont plus abondantes sur des milieux enrichis en sérum de veau fœtal. Après 24 heures d’incubation à 37 °C, les colonies obtenues sur gélose trypticase soja ou gélose cœur-cervelle contenant 15 à 20 p. cent de sérum de veau fœtal sont blanches, surélevées et ont un aspect feutré. Sur gélose au sang, après 48 heures d’incubation, les colonies ont un diamètre de 0,5 à 1 mm, elles sont blanches, adhérentes à la gélose et, comme les colonies de Actinomyces israelii, elles ont une forme de molaire. En augmentant le temps d’incubation, les colonies grossissent et, au bout d’une semaine, elles peuvent être entourées d’une faible zone d’hémolyse. En bouillon, la culture nécessite l’adjonction de 5 p. cent de sérum de veau fœtal et elle se traduit par le développement d’une masse cotonneuse.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L’habitat de Actinomyces hordeovulneris n’est pas connu avec certitude. Ce germe a été isolé de la bouche des carnivores mais, comme c’est le cas pour Actinomyces humiferus, il n’est pas exclu que le milieu extérieur puisse jouer un rôle de réservoir.

Actinomyces hordeovulneris est souvent associé à des plaies infligées par des épillets du genre Hordeum qui pénètrent facilement la peau et les muqueuses puis qui cheminent dans les tissus. L’infection évolue sous forme subaiguë ou chronique en donnant des granulomes évoluant vers la formation d’abcès puis vers la suppuration. Les localisations les plus fréquentes sont les localisations cervico-faciales (infections des tissus mous de la cavité buccale et du cou), thoraciques (pleurésie, pyothorax, empyème), abdominales (péritonites, atteintes de divers viscères), articulaires, osseuses (os longs des membres, atteintes des corps vertébraux) et cutanées (abcès consécutifs à des morsures, léchage des plaies). Au sein des lésions, Actinomyces hordeovulneris est pratiquement toujours associé à d’autres bactéries (Bacteroides sp., Fusobacterium sp., Streptococcus sp., Staphylococcus sp., entérobactéries, ...) qui jouent sans doute un rôle dans l’expression du pouvoir pathogène. De même, il n’est pas rare de constater l’association Actinomyces hordeovulneris - Actinomyces viscosus.

 

Diagnostic bactériologique

 

Les prélèvements, constitués de pièces chirurgicales ou de pus prélevés si possible avant apparition d'une fistule, doivent être placés dans un milieu de transport pour anaérobies (milieu de Stuart ou dérivés commerciaux) et parvenir au laboratoire le plus rapidement possible. Le bactériologiste doit être informé d’une suspicion d’actinomycose afin de mettre en œuvre les techniques les plus appropriées.

L’examen à l’état frais ou après coloration est un temps primordial. Il permet de mettre en évidence des bactéries à Gram positif, souvent filamenteuses et ramifiées, non acido-résistantes (décoloration à l’acide sulfurique à 1 p. cent). Cette dernière caractéristique permet d’orienter le diagnostic vers une espèce du genre Actinomyces plutôt que vers une espèce du genre Nocardia (même si l’acido-résistance des Nocardia est parfois absente ou faible).

L’ensemencement est réalisé sur gélose TGY, gélose VL ou gélose cœur-cervelle enrichies de 20 p. cent de sérum de veau fœtal. L’incubation est réalisée à 37 °C, dans une atmosphère anaérobie et en parallèle dans une atmosphère enrichie en dioxyde de carbone. À l’isolement, la croissance est toujours lente et les boîtes doivent être observées au 2ème, 4ème, 7ème et 14ème jour.

Compte tenu de la faible vitesse de croissance des souches et de la présence quasi constante de contaminants, il est légitime d’avoir recours à des milieux sélectifs dont l’utilisation ne dispense pas d’une recherche sur milieux non sélectifs. La sélectivité (au moins partielle) est obtenue par divers procédés : adjonction de 10 mg/mL de métronidazole et de 20 mg/mL de sulfate de cadmium ; adjonction de 10 mg/mL de néomycine ou de kanamycine ; utilisation de disques d’antibiotiques (disques commerciaux de métronidazole, de colistine ou d’acide nalidixique) déposés à la surface des milieux et permettant de prélever les colonies suspectes dans la zone d’inhibition des bactéries contaminantes.

Le diagnostic de genre repose sur l’aspect des colonies, sur les caractères morphologiques des bactéries et sur leurs caractères tinctoriaux. L’identification précise de l’espèce est difficile, elle pourra se réaliser grâce aux caractères mentionnés dans le tableau I.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Actinomyces hordeovulneris est sensible à la pénicilline G, à l’ampicilline, à la céfalotine, au chloramphénicol, aux macrolides, aux lincosamides, à la rifamycine, à l’acide fusidique, à la vancomycine et à l’association triméthoprime - sulfaméthoxazole. La sensibilité est variable vis-à-vis des tétracyclines et le germe est résistant aux aminosides et métronidazole. Au sein des lésions, Actinomyces hordeovulneris est parfois sous forme L et la bactérie devient insensible aux bêta-lactamines.

Le traitement doit s’adresser également à la flore associée dont, en pratique, l’identification est souvent plus importante que l’identification précise de l’actinomycète.

 

Orientation bibliographique

 

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