J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 27 avril 2000

 

ACTINOMYCES HYOVAGINALIS

 

En 1991, Hommez et al. comparent 53 souches de Actinomyces sp. isolées de lésions purulentes du porc. Dix souches correspondent à ¤ Arcanobacterium pyogenes (Corynebacterium pyogenes, Actinomyces pyogenes) et 43 souches à des bactéries proches de Arcanobacterium pyogenes et que les auteurs placent dans deux groupes distincts, le groupe II (14 souches) qui sera ultérieurement désigné sous la nomenclature de Actinomyces hyovaginalis et le groupe III (29 souches)*.

Les 14 souches du groupe II, isolées d’écoulements vaginaux ou d’avortons, apparaissent phénotypiquement proches de "Actinomyces suis" Franke 1973**.
"Actinomyces suis" Franke 1973 est une espèce considérée comme incertae sedis et qui ne doit pas être confondue avec Actinomyces suis (Wegienek and Reddy 1982) Ludwig et al. 1992 autrefois dénommé Eubacterium suis (ex Soltys and Spratling 1957) Wegienek and Reddy 1982 et actuellement reclassé dans le genre Actinobaculum avec la dénomination de ¤ Actinobaculum suis (Wegienek and Reddy 1982) Lawson et al. 1997.

La séquence des gènes codant pour l’ARNr 16S des souches du groupe II a été établie et a permis de montrer que ces souches constituent un groupe distinct au sein du genre Actinomyces pour lequel Collins et al (1993) proposent le nom de Actinomyces hyovaginalis.

Actinomyces hyovaginalis se présente sous la forme d’éléments coccoïdes ou plus souvent sous la forme de bacilles évoquant les corynébactéries, groupés en amas, en V ou en Y, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, catalase négative, réduisant les nitrates, produisant une phosphatase alcaline, une alpha-galactosidase, une bêta-galactosidase et une leucine arylamidase, hydrolysant l’esculine, l’hippurate et le Tween 80, acidifiant l’adonitol, le D-arabinose, le L-arabinose, le L-arabitol, le fructose, le galactose, la N-acétylglucosamine, le glucose, le gluconate, le D-lyxose, le D-mannose, le maltose, le saccharose, la salicine, le turanose et le D-xylose.

Une réponse négative est obtenue pour les tests arginine di-hydrolase, gélatinase, uréase, production de bêta-glucuronidase, de pyrrolidonyl-arylamidase et de pyrazinamidase, acidification du D-arabitol, du dulcitol, du bêta-gentiobiose, de l'alpha-méthyl-D-glucoside, de l’inuline, du mélézitose, du mélibiose, du raffinose, du rhamnose, du sorbitol, du D-tagatose, du tréhalose, du xylitol et du L-xylose.

L’acidification du cellobiose, de l’inositol, du lactose et du bêta-méthyl-xyloside est variable selon les souches.

Les colonies obtenues après 48 heures d’incubation sur gélose Columbia enrichie de sang de mouton ou de cheval sont non hémolytiques, plates et à contour irrégulier. L’aspect irrégulier des colonies est accentué lorsque l’ensemencement est réalisé sur gélose au sang de cheval incubée en anaérobiose ou sous CO2.

Les principaux caractères permettant de différencier Actinomyces hyovaginalis des espèces voisines sont présentés dans le tableau I.

La description de Actinomyces hyovaginalis est voisine de la description de "Actinomyces suis" Franke 1973. Il existe toutefois quelques différences qui portent sur trois points : l’acidification des sucres (tableau I), les propriétés antigéniques et le pouvoir pathogène ("Actinomyces suis" Franke 1973 est considéré comme l’agent de mammites et de tonsillites alors que Actinomyces hyovaginalis est isolé d’infections vaginales et d’avortons).

 

Orientation bibliographique

 

COLLINS (M.D.), STUBBS (S.), HOMMEZ (J.) et DEVRIESE (L.A.) : Molecular taxonomic studies of Actinomyces-like bacteria isolated from purulent lesions in pigs and description of Actinomyces hyovaginalis sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 471-473.

FRANKE (F.) : Untersuchungen zur ätiologie der gesäugeaktinomykose des schweines. Zbl. Bakt. Hyg., I. Abt. Orig. A, 1973, 223, 111-124.

HOMMEZ (J.), DEVRIESE (L.A.), MIRY (C.) et CASTRYCK (F.) : Characterization of 2 groups of Actinomyces-like bacteria isolated from purulent lesions in pigs. J. Vet. Med., 1991, B 38, 575-580.

SCHAAL (K.P.) : Genus Actinomyces Harz 1877, 133AL. In : P.H.A. SNEATH, N.S. MAIR, M.E. SHARPE et J.G. HOLT (éditeurs), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, Volume 2, Williams & Wilkins, Baltimore, London, Los Angeles, Sydney, 1986, p. 1383-1418.

 

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* : Les souches du groupe III sont encore innomées. Elles se distinguent de Actinomyces hyovaginalis par l'aspect de leurs colonies qui sont petites, convexes et faiblement hémolytiques, par l'absence d'hydrolyse de l'hippurate (une réaction faiblement positive est parfois observée après un temps d'incubation prolongé) et, pour la majorité des souches, par l'absence de réduction des nitrates.
Les souches du groupe III ont été isolées de l'appareil respiratoire, de l'appareil génital, du cerveau, du foie, du rein, des articulations ou d'abcès de la tête.

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** : "Actinomyces suis" Franke 1973.

La nomenclature de "Actinomyces suis" Franke 1973 n'a pas été incluse dans les Approved Lists of Bacterial Names (certainement en raison de l'absence de désignation d'une souche type) et elle n'a pas fait l'objet d'une publication valide depuis le 1er janvier 1980.
"Actinomyces suis" Franke 1973 est proche de "Actinomyces suis" décrit par Grässer en 1957 puis par le même auteur en 1962 et en 1963. Pour Schaal (1986), "Actinomyces suis" Franke 1973 et "Actinomyces suis" Grässer 1957 sont deux taxons différents alors que pour Murakami et al. (1997 et 1998) ces deux bactéries sont identiques.
Dans le Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, "Actinomyces suis" Franke 1973 est considéré comme une espèce incertae sedis dont l'habitat est inconnu et dont le pouvoir pathogène se limite à des actinomycoses de la glande mammaire des truies. Pour Murakami et al. cette bactérie a pour habitat la cavité orale des porcs, elle est responsable de tonsillites et de mammites. Les mammites résulteraient d'une contamination de la glande mammaire au moment de la tétée (transmission des germes de la cavité buccale des porcelets à la mamelle de la truie soit par le canal du trayon soit par morsure).
Quelques caractères bactériologiques de "Actinomyces suis" Franke 1973 figurent dans le tableau I.

Références :
. FRANKE (F.) : Untersuchungen zur ätiologie der gesäugeaktinomykose des schweines. Zbl. Bakt. Hyg., I. Abt. Orig. A, 1973, 223, 111-124.
. MURAKAMI (S.), AZUMA (R.), KOEDA (T.), OOMI (H.), WATANABE (T.) et FUJIWARA (H.) : Immunohistochemical detection for Actinomyces sp. in swine tonsillar abscess and granulomatous mastitis. Mycopathologia, 1998, 141, 15-19.
. MURAKAMI (S.), AZUMA (R.), OOMI (H.), KOEDA (T.) et FUJIWARA (H.) : Incidence of tonsillar lesions caused by Tonsillophilus suis and Actinomyces sp infection in swine. J. Vet. Med., 1997, A44, 611-618.
. SCHAAL (K.P.) : Genus Actinomyces Harz 1877, 133AL. In : P.H.A. SNEATH, N.S. MAIR, M.E. SHARPE et J.G. HOLT (éditeurs), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, Volume 2, Williams & Wilkins, Baltimore, London, Los Angeles, Sydney, 1986, p. 1383-1418.

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