J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 04 octobre 2003

 

AEROMONAS JANDAEI

 

Autre dénomination: Aeromonas sp. groupe d'hybridation 9 (HG 9, DNA hybridization group 9).

Voir aussi le fichier : ¤ "Aeromonadales, Aeromonadaceae".

Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).

 

Systématique

 

La nomenclature de Aeromonas jandaei a été proposée en 1991 par Carnahan et al., pour neuf souches bactériennes (huit souches isolées de l'homme et une souche isolée d'une crevette), constituant le groupe hybridation 9 préalablement inclus dans l'espèce Aeromonas sobria. Ces auteurs montrent que les neuf souches présentent des homologies ADN-ADN égales ou supérieures à 73 p. cent à 60 °C et qu'elles sont identifiables par leurs caractères phénotypiques. Aeromonas jandaei sera validement publiée le 08 janvier 1992 par inscription sur la liste de validation n° 40.

En 2002, Valera et Esteve publient les résultats d'une analyse de taxonomie numérique (121 caractères étudiés) portant sur 153 souches de Aeromonas sp. et permettant de caractériser 22 groupes phénotypiques.
Le groupe 1 rassemble la souche type de Aeromonas jandaei, cinq souches considérées comme des souches de référence, onze souches isolées d'anguilles (Anguilla anguilla*) ou de l'eau douce, quatre souches de Aeromonas sp. (dont trois souches isolées de l'eau douce ou d'anguilles) et la souche CCUG 30361 = CECT 4910 = LMG 13072, préalablement identifiée comme une souche de Aeromonas veronii biogroupe Sobria.
Les souches du groupe phénotypique 1 sont apparentées à Aeromonas ichthiosmia et à certaines souches de Aeromonas veronii biogroupe Sobria. Cette ressemblance phénotypique corrobore les données génétiques puisque (i) les séquences des ARNr 16S de la souche type de Aeromonas jandaei et de la souches type de Aeromonas veronii présentent 99,5 p. cent d'homologie et (ii) Aeromonas ichthiosmia est parfois considérée comme un synonyme ultérieur et hétérotypique de Aeromonas veronii (voir Aeromonas ichthiosmia in List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature).
Valera et Esteve soulignaient que de nouvelles hybridations ADN-ADN devaient être effectuées pour clarifier la position taxonomique de Aeromonas jandaei, de Aeromonas ichthiosmia et de Aeromonas veronii.

Le 12 septembre 2003, Esteve et al. publient les résultats d'hybridations ADN-ADN effectuées sur 23 souches du groupe phénotypique 1 (8 souches de Aeromonas jandaei, 14 souches isolées d'anguilles ou de l'eau et qualifiées de Aeromonas-like et la souche CCUG 30361 = CECT 4910 = LMG 13072) et sur 42 souches appartenant aux espèces Aeromonas allosaccharophila, Aeromonas enteropelogenes, Aeromonas ichthiosmia, Aeromonas popoffii, Aeromonas sobria et Aeromonas veronii (biogroupes Veronii et Sobria).
Dix neuf souches du groupe phénotypique 1 présentent des homologies ADN-ADN supérieures à 70 p. cent avec la souche type de Aeromonas jandaei. Toutes ces souches constituent donc une genomospecies (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne"). En dépit de fortes homologies entre les séquences des ARNr 16S et d'une similitude phénotypique, les souches de cette genomospecies sont génétiquement différentes de Aeromonas ichthiosmia et de Aeromonas veronii (pourcentages d'hybridation ADN-ADN égaux ou inférieurs à 50).
Les valeurs du G + C p. cent des souches du groupe 1 varient de 58,1 à 61,1 ce qui est compatible avec le regroupement de ces souches au sein d'une même espèce.
L'inclusion de souches isolées de l'eau douce ou d'anguilles au sein de l'espèce Aeromonas jandaei conduit Esteve et al. à amender la description de l'espèce car ces souches présentent des caractères particuliers et, notamment, la majorité d'entre elles sont capables d'acidifier le saccharose.

Il est également intéressant de remarquer que les résultats obtenus par Esteve et al. remettent en cause la synonymie Aeromonas ichthiosmia/Aeromonas veronii et qu'ils montrent que le biogroupe Sobria de Aeromonas veronii est un taxon hétérogène.

 

Caractères bactériologiques

 

Aeromonas jandaei présente les caractères généraux de la famille des Aeromonadaceae** et du genre Aeromonas***. La description modifiée de Aeromonas jandaei est la suivante.

Bacilles à Gram négatif, droits, mobiles grâce à un unique flagelle polaire, chimio-organotrophes, à métabolisme respiratoire et fermentatif, aéro-anaérobies, catalase positive, oxydase positive, réduisant les nitrates en nitrites, acidifiant le glucose avec production de gaz.
. Une réponse positive est obtenue pour les tests résistance au O129 (150 µg), production d'hydrogène sulfuré à partir de la L-cystéine, indole, ADH, VP, hydrolyse de la caséine, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse de l'amidon, hydrolyse de la lécithine, production d'une bêta-hémolysine active sur les globules rouges humains, oxydation du gluconate, acidification du fructose, du D-galactose, du glycérol, du D-mannose, du D-mannitol, du D-ribose et du D-tréhalose, assimilation de la N-acétylglucosamine, du fumarate, du D-gluconate, du L-glutamate, de la L-glutamine, du malate, de la L-proline et du succinate.
. Une réponse négative est observée pour les tests ODC, glutamine décarboxylase, hydrolyse de l'alginate, hydrolyse de l'arbutine, hydrolyse de l'esculine, acidification de l'adonitol, de la D-amygdaline, du D-arabinose, du L-arabinose, de l'arbutine, du dulcitol, du 2-désoxy-D-glucose, du myo-inositol, du lactose, du D-mélibiose, du D-raffinose, du D-rhamnose, de la salicine, du D-sorbitol, du L-sorbose, du xylitol et du xylose, assimilation du trans-aconitate, de l'adénine, de la L-alanine, du gamma-aminobutyrate, du L-arabinose, de la L-arginine, de la L-asparagine, du L-aspartate, du benzoate, de la L-carnosine, de la L-citrulline, de la L-cystéine, du D-galacturonate, du D-glucuronate, du glutarate, du glutathion, de la glycine, de la guanine, de la L-isoleucine, du L-lactate, de la L-leucine, de la L-lysine, du maléate, du malonate, de la L-méthionine, du mucate, de la L-ornithine, de la L-phénylalanine, du propionate, de la putrescine, de la sarcosine, du L-tartrate, de la L-thréonine, du L-tryptophane, de la L-tyrosine, de la L-valine et de la xanthine.
. Une réponse variable selon les souches est notée pour les tests LDC (86 p. cent des souches donnent une réponse positive), hydrolyse de l'élastine (77 p. cent des souches donnent une réponse positive), hydrolyse du Tween 80 (53 p. cent des souches donnent une réponse positive), acidification du saccharose (55 p. cent des souches donnent une réponse positive), acidification du D-cellobiose (14 p. cent des souches donnent une réponse positive), acidification du maltose (90 p. cent des souches donnent une réponse positive), assimilation de l'acétate (79 p. cent des souches donnent une réponse positive), de la D-glucosamine (90 p. cent des souches donnent une réponse positive), du DL-glycérate (21 p. cent des souches donnent une réponse positive), du citrate (86 p. cent des souches donnent une réponse positive), de la L-histidine (42 p. cent des souches donnent une réponse positive) et de la L-sérine (90 p. cent des souches donnent une réponse positive).

La croissance est observée pour des températures d'incubation comprises entre 4 et 42 °C et pour des concentrations en NaCl variant de 0 à 3 p. cent. Toutes les souches croissent à pH 8,5, mais seules 32 p. cent des souches cultivent à pH 4,5.
Une culture est obtenue sur gélose trypticase soja, sur gélose de MacConkey et sur gélose TCBS****. Les colonies sont non pigmentées.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L'habitat de Aeromonas jandaei est constitué par l'eau douce. Cette espèce a été isolée non seulement d'échantillons d'eau mais aussi de sédiments, d'une crevette et de diverses espèces de poissons (Anguilla anguilla, Carassius carassius, Cyprinus carpio, Esox lucius, Ictalurus punctatus, Oncorhynchus mykiss, Mugil cephalus, Salmo trutta).

Aeromonas jandaei est isolée de divers prélèvements effectués chez l'homme (selles diarrhéiques, plaies infectées, infections cutanées, sang). Toutefois, le pouvoir pathogène de cette espèce pour l'homme est très peu documenté. Ainsi, Aeromonas jandaei n'est même pas citée dans le chapitre " The Genera Aeromonas and Plesiomonas " de l'ouvrage "The Prokaryotes".
Le nombre d'infections est certainement sous estimée car les souches acidifiant le saccharose sont parfois identifiées comme des souches de Aeromonas veronii biogroupe Sobria.

Chez les anguilles d'élevage, Aeromonas jandaei est responsable d'une septicémie hémorragique connue sous le nom de "red fin disease". L'infection qui peut sévir sur un mode épizootique touche aussi bien les civelles (glass eels) que les anguilles argentées (silver eels).

Expérimentalement, les souches isolées d'infections ainsi que les souches isolées de l'eau possèdent un pouvoir pathogène pour l'anguille et pour la souris. La majorité des souches hydrolyse l'élastine ce qui est considéré comme un facteur de pathogénicité. Aeromonas jandaei pourrait produire une entérotoxine thermolabile, résistante à des pH compris entre 4 et 9, responsable d'une accumulation de liquide (anse iléale ligaturée de lapin), mais ne provoquant pas de lésions marquées de la muqueuse intestinale.

 

Diagnostic bactériologique

 

Le diagnostic bactériologique est difficile en raison du nombre important d'espèces et de sous-espèces décrites au sein du genre Aeromonas (voir le fichier Aeromonas in List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature), de l'absence de caractères clés permettant à coup sûr de différencier les espèces et en raison d'une variabilité des résultats obtenus par différents auteurs (voir l'article de Abbott et al. 2003). Il convient également de souligner que le schéma d'identification proposé par Abbott et al. en juin 2003 est partiellement erroné compte tenu de l'inclusion de nouvelles souches dans l'espèce Aeromonas jandaei.

L'obtention d'une culture à 37 °C permet de distinguer Aeromonas jandaei de Aeromonas salmonicida.

L'absence d'hydrolyse de l'esculine, l'absence d'hydrolyse de l'arbutine et l'absence d'acidification de la salicine différencie Aeromonas jandaei de Aeromonas bestiarum, de Aeromonas eucrenophila, de Aeromonas encheleia, de ¤ Aeromonas hydrophila et de Aeromonas veronii biogroupe Veronii.

La production d'acétoïne et la formation de gaz lors de l'acidification du glucose permettent de distinguer Aeromonas jandaei de Aeromonas caviae et de Aeromonas media.

Le pouvoir indologène, la formation de gaz lors de l'acidification du glucose et l'acidification du D-mannitol permettent d'éviter une confusion avec Aeromonas schubertii.

La résistance à la colistine, observée chez les souches de Aeromonas jandaei peut servir à différencier cette espèce de Aeromonas caviae, de Aeromonas media, de Aeromonas sobria et de Aeromoas veronii (biogroupes Sobria et Veronii) dont moins de 2,7 p. cent des souches résistent à 2 mg/L de colistine.

Aucun caractère ne permet de différencier Aeromonas jandaei de ¤ Aeromonas culicicola telle qu'elle a été décrite par Pidiyar et al. (voir le tableau ¤ "Caractères bactériologiques permettant de différencier Aeromonas culicicola d'autres espèces du genre Aeromonas").
Il est intéressant de remarquer que les séquences des ARNr 16S de ces deux espèces ne diffèrent que par une seule base. Toutefois, les hybridations ADN-ADN et l'analyse des séquences des gènes gyrB montre que ces deux espèces sont différentes.

Quelques caractères permettant de différencier Aeromonas jandaei d'autres espèces mésophiles du genre Aeromonas sont donnés dans le tableau I, le tableau II et le tableau III.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Par une méthode de microdilution, six souches isolées de l'homme se sont révélées sensibles à l'amikacine, à la gentamicine, à la nétilmicine, à la tobramycine, à la kanamycine, au céfixime, à la céfotaxime, à la ceftriaxone, au céfoxitine, à la céfuroxime, à la ceftazidime, à la céfopérazone, à la mezlocilline, à l'aztréonam, à l'imipénème, à la norfloxacine, à l'ofloxacine, à la ciprofloxacine, à l'azithromycine, à la tétracycline, au chloramphénicol, au triméthoprime et à la nitrofurantoïne. Une résistance est constatée pour la pénicilline G, la ticarcilline, l'oxacilline, l'érythromycine, la clindamycine, la clarithromycine, la vancomycine et la teicoplanine.

Les souches acidifiant le saccharose et isolées de l'environnement sont toutes résistantes à l'ampicilline (50 mg/L), à la pénicilline V (10 mg/L), au sulfadiméthoxine (12 mg/L) et au triméthoprime (25 mg/L). En revanche, elles sont sensibles à la tétracycline (15 mg/L), à la tobramycine (25 mg/L), à la streptomycine (25 mg/L), à la gentamicine (10 mg/L), à la rifampicine (30 mg/L), à l'amikacine (25 mg/L), à la kanamycine (50 mg/L), à l'érythromycine (15 mg/L), au chloramphénicol (25 mg/L), à la nitrofurantoïne (10 mg/L), à l'acide nalidixique (50 mg/L), à l'acide oxolinique (10 mg/L) et à la polymyxine B (300 UI/L).

 

Orientation bibliographique

 

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* : Anguilla anguilla

Classification d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Deuterostomia ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Gnathostomata ; Teleostomi ; Euteleostomi ; Actinopterygii ; Actinopteri ; Neopterygii ; Teleostei ; Elopocephala ; Elopomorpha ; Anguilliformes ; Anguilloidei ; Anguillidae ; Anguilla ; Anguilla anguilla.

Pour des informations complémentaires sur cette espèce, voir le fichier Anguilla anguilla, Life history sur le site Integrative Zoology, University of Leiden.

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** : Description de la famille des Aeromonadaceae

Bacilles à Gram négatif, droits ou incurvés, immobiles ou mobiles grâce à une ciliature polaire, non sporulés, chimio-organotrophes, aéro-anaérobies, à métabolisme respiratoire et fermentatif, utilisant l'oxygène comme accepteur d'électrons, réduisant les nitrates en nitrites, ne réduisant pas les nitrites en azote, le plus souvent oxydase positive, généralement capables d'assimiler le glucose, généralement capables d'utiliser les sels d'ammonium comme unique source d'azote, mésophiles ou psychrophiles, ayant pour habitat principal l'eau douce, également isolés de sédiments ou d'animaux aquatiques.
Le G + C p. cent est compris entre 40 et 63, le genre type est le genre Aeromonas dont plusieurs espèces sont pathogènes pour l'homme, les poissons, les grenouilles et d'autres animaux vertébrés ou invertébrés.

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*** : Description du genre Aeromonas (d'après M. Popoff 1984 et Martin-Carnahan et Joseph 2005)

Bacilles aux extrémités arrondies ou coccobacilles de 0,3 à 1,0 µm de diamètre sur 1,0 à 3,5 µm de longueur, à Gram négatif, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou rarement en courtes chaînes, non sporulés, généralement mobiles grâce à un unique flagelle polaire (une ciliature péritriche est parfois observée dans les cultures jeunes effectuées sur un milieu solide), aéro-anaérobies, métabolisant le glucose par voie respiratoire ou fermentative, le métabolisme des sucres conduit à la production d'acides et parfois à la production de gaz (CO2 et H2), réduisant les nitrates en nitrites, généralement oxydase positive, généralement catalase positive, le plus souvent résistant à 150 µg de O/129 (2,4-diamino-6,7-diisopropylptéridine), chimio-organotrophes, capables d'assimiler divers sucres et acides organiques, possédant une température optimale de croissance comprise entre 22 et 37 °C (mais quelques espèces ne cultivent pas à 35 °C), isolés de l'eau douce, de l'eau saumâtre et de sédiments, certaines espèces sont douées d'un pouvoir pathogène pour les animaux aquatiques et pour l'homme.
Le G + C p. cent varie de 57 à 63, l'espèce type est ¤ Aeromonas hydrophila.

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**** : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose

Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
Peptone : 1,0 p. cent (poids/volume)
Thiosulfate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Bile de bœuf : 0,8 p. cent (poids/volume)
Saccharose : 2,0 p. cent (poids/volume)
NaCl : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de fer : : 0,1 p. cent (poids/volume)
Bleu de bromothymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Bleu de thymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Agar : 1,4 p. cent (poids/volume)
pH : 8,6

Porter à ébullition pour dissoudre les ingrédients. Ne pas autoclaver.

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