J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 10 octobre 2006

 

BURKHOLDERIA PSEUDOMALLEI, B. THAILANDENSIS, B. UBONENSIS, B. OKLAHOMENSIS

 

Autres dénominations :
. Burkholderia pseudomallei : "Bacillus pseudomallei", "Bacterium whitmori", "Malleomyces pseudomallei", "Loefflerella pseudomallei", Pseudomonas pseudomallei.
Nom vernaculaire : Bacille de Whitmore.
. Burkholderia oklahomensis : "Burkholderia pseudomallei-like" souches Oklahoma.
. Burkholderia thailandensis : "Burkholderia pseudomallei-like".

 Voir aussi les fichiers : ¤ Burkholderia et ¤ Burkholderiales, Burkholderiaceae.

 

Systématique

 

Burkholderia pseudomallei a été décrite en 1913 par Whitmore et appelée "Bacillus pseudomallei". En 1957, Haynes transfère cette bactérie dans le genre Pseudomonas et la nomenclature de Pseudomonas pseudomallei est inscrite dans les "Approved lits of bacterial names".
Le genre Pseudomonas qui regroupait pratiquement tous les bacilles droits à Gram négatif, mobiles (ciliature polaire) ou immobiles, à métabolisme strictement oxydatif, était très hétérogène et il a subi de nombreux remaniements.
En 1973, Palleroni et al., au vu des résultats de l’hybridation ARNr - ADN, divisent le genre Pseudomonas en 5 groupes d’homologie. Le groupe II renferme 7 espèces dont Pseudomonas pseudomallei. En 1992, Yabuuchi et al., en se basant sur la séquence des ARNr 16S, sur les homologies ADN - ADN, sur la composition des lipides et des acides gras et sur les caractères phénotypiques transfèrent les espèces du groupe d'homologie II dans le nouveau genre ¤ Burkholderia.
Burkholderia pseudomallei est très proche de ¤ Burkholderia mallei et, sur la base de leurs caractères génomiques, ces deux bactéries ne forment qu'une unique espèce (plus de 90 p. cent d'homologie ADN - ADN). Seules des considérations basées sur le pouvoir pathogène et l'épidémiologie conduisent à maintenir l'existence de deux espèces différentes.

Burkholderia thailandensis est la nomenclature proposée en 1998 par Brett et al. pour des souches isolées du sol et qualifiées de Burkholderia pseudomallei-like. Ces souches présentent quelques caractères phénotypiques particuliers et, surtout, elles sont beaucoup moins virulentes que les souches de Burkholderia pseudomallei. L'étude de la séquence des gènes codant pour les ARNr 16S montrent qu'elles sont proches de Burkholderia pseudomallei mais qu'elles en diffèrent par 15 nucléotides. Les auteurs, bien qu'ils n'aient pas effectué des études d'homologie ADN - ADN, estiment que ces souches constituent une nouvelle espèce et comme il est possible de les caractériser par des caractères phénotypiques, ils proposent la nomenclature de Burkholderia thailandensis.

En 2000, Yabuuchi et al. réalisent des études d'homologie ADN-ADN entre Burkholderia thailandensis, Burkholderia multivorans, Burkholderia cepacia, Burkholderia mallei, Burkholderia pseudomallei et une souche de Burkholderia sp. dénommée souche EY 3383 = NCTC 13147. Les résultats obtenus permettent de confirmer la validité de l'espèce Burkholderia thailandensis et de proposer la création d'une nouvelle espèce, Burkholderia ubonensis corrig., pour la souche NCTC 13147 (la nomenclature de Burkholderia ubonensis corrig. (Burkholderia uboniae sic) a été validement publiée en juillet 2000 par inscription sur la liste de validation n° 75).
La souche de Burkholderia ubonensis a été isolée du sol de l'accotement d'une route à un endroit où un jeune enfant, ayant présenté par la suite une mélioïdose, a fait une chute de bicyclette. Il est cependant impossible de faire une relation entre ces événements et, actuellement, le pouvoir pathogène de Burkholderia ubonensis est inconnu. Compte tenu de l'existence d'une seule souche décrite, l'étude de cette espèce ne sera plus envisagée dans ce fichier.

En 1973, une souche ressemblant à Burkholderia pseudomallei (la souche C6786) a été isolée d'une plaie accidentelle de la jambe chez un fermier de l'Oklahoma. La plaie était contaminée par de la terre et deux souches semblables à la souche C6786 ont été isolées de l'environnement. En 1977, une souche comparable à la souche C6786 était isolée d'une plaie oculaire souillée par de la terre chez un individu victime d'un accident de la route. Ces quatre souches, qualifiées de Burkholderia pseudomallei-like souches Oklahoma, ont eu un statut incertain. Pour certains auteurs elles appartenaient à l'espèce Burkholderia pseudomallei alors que pour d'autres bactériologistes elles constituaient une nouvelle espèce.
En 2006, Glass et al. montrent, notamment grâce à des hybridations ADN-ADN, que les souches Oklahoma constituent une nouvelle espèce. Aussi, le 11 septembre 2006, ces auteurs valident la publication de Burkholderia oklahomensis.

 

Caractères bactériologiques

 

Burkholderia pseudomallei, Burkholderia thailandensis et Burkholderia oklahomensis sont des bacilles à Gram négatif (coloration bipolaire marquée), de 0,5 à 2 mm de longueur, non sporulés, exprimant de manière constitutive des exopolysaccharides de surface (microcapsule), mobiles grâce à une ciliature polaire et multitriche, catalase positive, oxydase positive, aérobies mais capables de croître en anaérobiose en présence de nitrate ou d'arginine, acidifiant le glucose et le galactose, accumulant du poly-bêta-hydroxybutyrate comme matériel de réserve et dont le "chromosome" héberge des séquences d'insertion identiques à celles retrouvées chez Burkholderia cepacia. D'autres caractères bactériologiques sont indiqués dans le tableau I.

L'utilisation d'une galerie API 20NE, lue après 48 heures d'incubation, permet d'obtenir les résultats suivants pour Burkholderia pseudomallei et Burkholderia thailandensis :
- Réponse positive pour les tests réduction des nitrates, ADH, gélatinase, assimilation du glucose, du mannose, du mannitol, de la N-acétyl-glucosamine, du gluconate, du caprate, de l'adipate et du malate.
- Réaction négative pour l'indole, la fermentation du glucose, l'uréase, l'ONPG et l'assimilation du maltose (5 p. cent des souches donnent une très faible opacité mais le résultat doit être considéré comme négatif).
- Réponse variable selon les souches pour l'hydrolyse de l'esculine (la plupart des souches hydrolysent l'esculine si l'incubation est prolongée au-delà de 48 heures), assimilation de l'arabinose, du citrate et du phényl-acétate.

La température optimale de croissance est comprise entre 37-39 °C mais la plupart des souches cultivent bien à 42 °C. Le germe ne cultive pas à 5 °C mais il est capable de survivre plus de 6 mois à cette température. La croissance est rapide sur les milieux ordinaires et les colonies obtenues après 24 heures d'incubation sur gélose peptonée sont petites, rondes, bombées, blanchâtres et d'un diamètre de 2 à 3 mm. Après 48-72 heures d'incubation, les colonies s'agrandissent (diamètre de 5 à 10 mm), elles sont opaques, de couleur crème et dégagent une odeur de terre ou de truffe. Très fréquemment on observe une dissociation avec un mélange de colonies lisses et de colonies rugueuses qui ont un aspect plissé, ridé et ombiliqué. Plus rarement, des colonies muqueuses sont présentes.
Dans un bouillon peptoné, un trouble apparaît en surface puis descend progressivement tandis qu'un voile plissé et fragile se développe en surface.

Burkholderia pseudomallei et Burkholderia thailandensis ont des caractères phénotypiques très voisins. Toutefois, 1) sur le milieu de ¤ Ashdown modifié les colonies de Burkholderia pseudomallei sont rugueuses et pigmentées en pourpre foncé alors que les colonies de Burkholderia thailandensis sont lisses et pigmentées en rose ; 2) contrairement à Burkholderia pseudomallei, Burkholderia thailandensis assimile (galerie API 50 CH) le L-arabinose, le 5-céto-gluconate et l'adonitol et n'assimile ni le dulcitol ni l'érythritol ; 3) Burkholderia pseudomallei est très virulente pour le hamster (moins de 10 UFC injectées par voie intrapéritonéale provoque la mort en 48 heures) alors que, Burkholderia thailandensis est beaucoup moins virulente (pour obtenir la mort du hamster en 48 heures, il faut injecter par voie intrapéritonéale plus de 104 UFC).
Aucun caractère ne permet de différencier Burkholderia pseudomallei et Burkholderia oklahomensis. Sur le milieu de ¤ Ashdown modifié les colonies de Burkholderia oklahomensis, comme celles de Burkholderia pseudomallei, sont rugueuses et pigmentées en pourpre foncé.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Burkholderia pseudomallei, Burkholderia thailandensis et Burkholderia oklahomensis sont présentes dans le sol (notamment dans la boue et les sédiments) et dans les eaux (eaux stagnantes des mares, des marigots, des retenues d'eau, des rizières, des berges). Ce sont de véritables bacilles hydrotelluriques pouvant vivre en dehors des régions tropicales et résistants très bien au froid. L'eau douce dans laquelle sont exportés des poissons exotiques est très souvent contaminée ce qui a pour conséquence une contamination des aquariums (dans un élevage de poisson exotique de la région parisienne, Burkholderia pseudomallei a été isolée dans le sable faisant le fond des aquariums et dans l'eau).

Burkholderia thailandensis a été isolée dans le Centre et le Nord-Est de la Thaïlande mais cette bactérie semble non pathogène.

Burkholderia oklahomensis a été isolée aux USA, mais sa répartition géographique est en fait inconnue. Peu de données sont disponibles en ce qui concerne son pouvoir pathogène. Expérimentalement, le pouvoir pathogène de Burkholderia oklahomensis est plus faible que celui de Burkholderia pseudomallei.

Burkholderia pseudomallei a été isolée en 1912 à Rangoon (Birmanie) par A. Whitmore et C.S. Krishnaswami à partir d'un abcès chez un malade décédé. Depuis 1911, ces deux auteurs avaient décrit une maladie caractérisée par une septicopyohémie, par la présence de lésions caséeuses et par la présence de multiples abcès siégeant principalement dans les poumons, le foie, la rate et les reins. En 1921, Stanton et Fletcher dénomment la maladie mélioïdose car elle présente des similitudes clinique et anatomopathologique avec la morve (melis, morve ; oidos, en forme de ; melioïdose, en forme de morve). Ultérieurement, le germe a été isolé dans divers pays du sud-est asiatique (Birmanie, Malaisie, Viêt-nam, Ceylan, Cambodge, Indonésie, Thaïlande, Philippines). Jusqu'en 1949, on a cru que la mélioïdose était avant tout une infection localisée à l'Asie et que les cas sporadiques, observés dans d'autres régions du monde, avaient pour origine des personnes ayant séjourné en Asie. En fait, la répartition géographique de cette bactérie est beaucoup plus vaste et il est possible de classer les pays en deux groupes en fonction de la fréquence des isolements :
- Les pays où Burkholderia pseudomallei est présente à l'état endémique : Asie du sud-est mais aussi Afrique, Madagascar, Inde, Chine, Iran, Australie, Amérique Centrale et Amérique du Sud.
- Les pays où Burkholderia pseudomallei est moins fréquemment isolée de l'environnement : Hong Kong, Hawaii, Îles Fidji, Haïti, Puerto Rico, Amérique du Nord et France. Dans ces pays, à l'exception de la France, l'origine de la contamination est encore discutée. Soit le germe a été récemment importé soit il était présent dans le milieu extérieur depuis très longtemps.
Dans le cas particulier de la France, la contamination a eu pour origine probable deux chevaux iraniens placés en observation au Jardin des Plantes et qui ont contaminé, par leurs crottins, de nombreuses espèces animales. Le premier isolement a été effectué en 1975 à partir du cadavre d'un cheval de Prejwalski puis, la bactérie a été isolée chez différentes espèces animales et dans plusieurs échantillons de sol. A partir de ce foyer initial, l'infection s'est propagée aux effectifs équins de la Garde Républicaine, des clubs hippiques de l'ouest parisien, puis à Fontainebleau, Senlis, Chantilly, Coëtquidan, Saumur, Normandie, Montpellier, Bordeaux, Bergerac, ... L'incidence sur la santé humaine a été faible mais, 3 cas de mélioïdose se sont déclarés chez des employés du Muséum National d'Histoire Naturelle et des réponses sérologiques ont été observées chez des sujets en contact avec les animaux infectés.
Par l'intermédiaire du fumier, le germe a également contaminé la terre des champignonnières et il a été isolé de la terre de la queue de champignons de Paris du commerce.

L'homme, pratiquement tous les mammifères domestiques (chevaux, petits ruminants, porcs, bovidés, camélidés, lapins, carnivores, ...) ou sauvages (éléphant, mouflons, oryx, patas, callitriche, cerf sika, tatou, rongeurs sauvages, cob, buffle, dauphins, ...) ainsi que de nombreux oiseaux (pigeon, oie, céréopse, pingouins, ...) sont sensibles.
La source de contamination est le milieu extérieur mais l'homme est également capable de se contaminer à partir d'un animal infecté (zoonose rare).
Chez l'homme comme chez l'animal, il n'est pas toujours possible d'identifier la voie de pénétration du germe. Les deux principaux modes de contamination résultent : 1) de l'infection de plaies souillées par de la terre : notamment blessures de guerre, accidents de la circulation, accidents du travail en milieu rural, mais aussi de simples excoriations ou des piqûres réalisées par des aiguilles à injection souillées (toxicomanes) ; 2) de l'inhalation de poussières contaminées (environ un tiers des cas observées chez des soldats ayant participé à la guerre du Viêt-nam résultait de l'inhalation de poussières soulevées par les pales d'hélicoptères). D'autres voies de contamination sont cependant possibles :
. Contamination par ingestion. Cette voie de contamination est niée par de nombreux auteurs. Toutefois, expérimentalement, le singe et le hamster développent une mélioïdose par ingestion et la contamination de certains animaux comme le cheval semble pouvoir s'effectuer par voie digestive.
. Contamination par voie sexuelle observée chez l'homme (un patient atteint de prostatite à Burkholderia pseudomallei a contaminé ses partenaires).
. Contamination par l'intermédiaire d'arthropodes.

Chez l'homme, des facteurs prédisposants ont été identifiés : infections rénales chroniques, alcoolisme, déficits immunitaires et diabète sucré. En ce qui concerne cette dernière affection il est intéressant de remarquer que des rats rendus diabétiques sont plus sensibles à l'infection par Burkholderia pseudomallei et que l'insuline exerce un effet inhibiteur sur le germe.
Après contamination, les symptômes n'apparaissent parfois qu'après un temps de latence prolongé (jusqu'à 26 ans) d'où la dénomination de "Vietnamese time-bomb" utilisée par les américains lors de la guerre du Viêt-nam.

Chez l'homme et chez l'animal, l'expression clinique de la mélioïdose ou pseudo-morve est très polymorphe (d'où le surnom de "the great mimicker" attribué à l'infection) et ce polymorphisme clinique pourrait résulter d'une variation génétique des souches. Les principales formes cliniques sont les suivantes :
- Infections aiguës septicémiques, souvent mortelles (parfois en 24 heures), observées chez l'homme et chez des animaux très sensibles comme les équidés, les ovins et les caprins. Les signes cliniques sont soit absents (morts brutales) soit ils consistent en un abattement profond, une forte hyperthermie, un écoulement oculo-nasal purulent, des difficultés respiratoires. Éventuellement, la septicémie est précédée d'un épisode d'entérite sanglante et, chez l'homme, elle s'accompagne souvent d'une éruption cutanée. Avant l'utilisation de la ceftazidime, le taux de mortalité chez l'homme atteignait 70 p. cent.
- Infections septicémiques subaiguës dont l'évolution se poursuit durant des semaines voire des mois. Les symptômes peuvent rappeler une tuberculose pulmonaire et l'infection se caractérise par de la fièvre (durant parfois 3 semaines ou plus), une pneumonie, de la toux, des difficultés respiratoires, un abattement, une inappétence, une cachexie intense et un jetage très riche en bacilles. Par la suite, d'autres localisations peuvent apparaître sur la peau, les tissus mous, les os, les articulations, ...
- Infections localisées, d'évolution chronique, intéressant les poumons, les reins, la prostate, la rate, le tissu sous-cutanée, l'appareil musculo-squelettique, un ou plusieurs nœuds lymphatiques, parfois le système nerveux central, parfois l'appareil digestif, parfois la parotide (notamment chez les enfants), ... La fièvre est absente ou modérée et les lésions peuvent se fistuliser. Ces formes locales peuvent évoluer durant des mois ou des années et conduire à une forme septico-pyohémique ou à une forme septicémique.
- Infections localisées à l'œil (ulcères de la cornée, abcès sous-conjonctivaux, hypopion) faisant suite à un traumatisme.
- Infections latentes, diagnostiquées à l'autopsie ou à l'abattage et révélées par la présence d'abcès profonds siégeant sur la rate, le foie et les reins.
- Infections inapparentes ne se traduisant que par une conversion sérologique mais pouvant évoluer à tout moment vers une mélioïdose (des cas de morts subites de l'adulte ont été attribués au réveil d'une mélioïdose latente).

Les ré-infections sont possibles mais les symptômes sont également susceptibles de réapparaître plusieurs années (plus de 10 ans) après une guérison apparente.

A l'autopsie, les lésions les plus typiques sont des lésions purulentes touchant de nombreux tissus (abcès miliaires, abcès à pus crémeux, lésions purulentes et étendues) et des granulomes pulmonaires. Ces lésions sont toutefois absentes chez les individus atteints d'infections aiguës septicémiques.

 

Facteurs de pathogénicité

 

Burkholderia pseudomallei est une bactérie intracellulaire facultative dont les facteurs de pathogénicité sont mal connus.

L'endotoxine extraite de Burkholderia pseudomallei, possède les activités biologiques classiquement reconnues à ces toxines. La fraction polysaccharidique du LPS est constituée de deux chaînes différentes (O-PSI et O-PSII) présentes en quantité sensiblement égale. Les anticorps dirigés contre ces chaînes, notamment contre le composant O-PSII, jouent un rôle protecteur en facilitant la phagocytose.

Le rôle de la microcapsule n'a pas fait l'objet d'investigations précises. En extrapolant les résultats obtenus avec d'autres bactéries, il est possible qu'elle soit impliquée dans la résistance à la phagocytose et au système complémentaire.

Burkholderia pseudomallei active le complément par la voie alterne et par la voie classique (après mise en place de la réponse en anticorps) mais, le complexe d'attaque des membranes (C5b678(9)n) n'altère pas les structures bactériennes. Les opsonines C3b et iC3b permettent une ingestion de la bactérie par les granulocytes neutrophiles et les macrophages toutefois, cette phagocytose n'est pas suivie d'une lyse bactérienne et le germe est présent dans un vacuole au sein de laquelle il peut se multiplier.

Une toxine thermolabile, de composition chimique inconnue, létale pour la souris et le hamster, douée d'un fort pouvoir anti-coagulant, est présente dans les bouillons de culture.

Une toxine thermolabile qui est certainement une enzyme protéolytique, est également excrétée par les bactéries en culture. Cette toxine a une activité dermonécrotique pour le cobaye.

Un glycolipide de 762 Da, excrété par les bactéries, est toxique pour des cellules en culture et possède une activité hémolytique. Ce glycolipide agirait à la manière d'un détergent.

Une exotoxine protéique de poids moléculaire 31 000, produite in vitro et in vivo, inhibe la synthèse des protéines et de l'ADN chez des macrophages maintenus en culture.

Une métalloprotéase de poids moléculaire 36 000 est excrétée in vitro et in vivo. Une souche mutante produisant peu de protéase s'avère beaucoup moins pathogène que la souche sauvage et, notamment, elle provoque des lésions pulmonaires beaucoup moins importantes. Cette métalloprotéase est capable de dégrader le C3, les IgG, les IgA et donc d'inhiber les moyens de défense de l'organisme. Son action protéolytique sur la transferrine et l'hémoglobine participerait à l'acquisition du fer. Son action sur le collagène et l'élastine jouerait un rôle dans la diffusion de la bactérie.

Un sidérophore de type hydroxamate, d'un poids moléculaire de 1000 Da, appelé malléobactine, est apte à capter plus efficacement le fer lié à la transferrine que le fer lié à la lactoferrine.

 

Diagnostic bactériologique

 

L'arrêté du 18 juillet 1994 classe Burkholderia pseudomallei au sein du groupe des germes présentant un niveau de risque 3 et la manipulation des prélèvements et des cultures doit s’effectuer obligatoirement dans un laboratoire du type P3. Au moins deux cas de contamination chez du personnel manipulant des cultures ont été décrits.

Un diagnostic de certitude nécessite l'isolement et l'identification de la bactérie. Burkholderia pseudomallei pousse facilement sur les milieux de culture d'usage courant et peut être isolée sans problème particulier à partir de tissus ou de fluides biologiques normalement stériles.
En cas de contamination des prélèvements par une flore associée, ou pour l'isolement à partir d'échantillons de sol, le recours à des milieux sélectifs accroît les chances d'isolement. Ces milieux sont présentés dans le tableau II. Parmi eux, les milieux actuellement les plus utilisés sont le milieu de ¤ Ashdown et le milieu de ¤ Ashdown modifié. L'ensemencement d'un milieu sélectif peut être précédé d'une phase d'enrichissement dans un bouillon sélectif comme le milieu ¤ CVCB (voir aussi tableau II).

L'identification n'est pas spécialement difficile à condition de penser à la mélioïdose (l'aspect parfois ridé des colonies peut les faire considérer à tort comme des contaminants). La coloration de Gram (bacille à Gram négatif avec une tendance marquée à la coloration bipolaire), l'oxydase positive, le type respiratoire et les caractères culturaux orientent le diagnostic qui sera confirmé par l'utilisation de "kits" prêts à l'emploi comme une galerie API 20NE lue après 48 heures d'incubation (la plupart des souches donnent les profils numériques 1156577 ou 1556577). La confirmation du diagnostic par l'utilisation d'un antisérum spécifique n'est plus possible car ce réactif n'est plus commercialisé.
L'utilisation d'une galerie API 20E est à déconseiller car les résultats sont difficiles à lire (notamment pour l'acidification des sucres) et elle peut conduire à une mauvaise identification.

Dans les régions où la mélioïdose est endémique les laboratoires ont une bonne connaissance de la bactérie et quelques tests simples peuvent suffire pour l'identification. Dance et al. obtiennent d'excellents résultats en étudiant les caractères suivants :
- Coloration de Gram : bacille à Gram négatif avec une tendance marquée à la coloration bipolaire.
- Oxydase : résultat positif obtenu par l'utilisation d'un disque imprégné du "réactif à oxydase".
- Aspect des cultures sur le milieu de ¤ Ashdown : colonies opaques, rugueuses et pigmentées en pourpre foncé.
- Aspect des cultures sur une gélose Columbia : aspect métallique et brillant lorsque le culture est confluante.
- Odeur des cultures : odeur de terre ou de truffe caractéristique. Compte tenu du danger représenté par l'inhalation du germe, cette caractéristique est à utiliser avec prudence mais l'odeur est souvent suffisamment forte pour être perçue sans ouvrir la boîte.
- Résistance à la gentamicine (10 mg par disque) et à la colistine (10 mg par disque) étudiée sur une gélose Columbia : croissance à moins de 2 mm du disque.

Burkholderia pseudomallei peut être confondue avec Burkholderia thailandensis (voir le chapitre "Caractères bactériologiques" et le tableau III), avec ¤ Burkholderia mallei (voir tableau I) ou avec Burkholderia cepacia, ¤ Burkholderia gladioli, Burkholderia multivorans et Burkholderia vietnamiensis (voir tableau III).

L'identification de Burkholderia pseudomallei par les techniques classiques nécessite un délai de 3 à 5 jours ce qui est trop long pour le diagnostic des formes septicémiques sévères. Des techniques alternatives ont donc été proposées :
- Un test d'immunofluorescence permet la mise en évidence du germe chez environ 75 p cent des patients lorsque le germe est présent dans des prélèvement comme des crachats, du pus ou de l'urine.
- Une technique immuno-enzymatique de type sandwich, faisant appel à deux anticorps monoclonaux et permettant de caractériser un antigène de Burkholderia pseudomallei, semble simple, rapide et elle possède à la fois une sensibilité acceptable (75 p. cent) et une grande spécificité (98 p. cent).
- Des tests PCR peuvent être mis en œuvre directement sur les prélèvements ou dans des échantillons de sol et ils permettent un diagnostic en 24 heures.

L'analyse des fragments de restriction, l'étude des ribotypes, l'amplification en chaîne par polymérase à l'aide d'amorces arbitraires ou l'analyse électrophorétique des iso-enzymes permettent de caractériser les souches pour des études épidémiologiques.

 

Diagnostic immunologique

 

Plusieurs techniques de sérodiagnostic ont été proposées : agglutination, hémagglutination passive, fixation du complément, ELISA, mise en évidence des IgG par utilisation de protéine A marquée par l'or colloïdal, mise en évidence des IgM par immunofluorescence ou par immuno-enzymologie ou par une technique utilisant des anti-IgM marquées par l'or colloïdal. D'une manière générale, ces tests manquent de spécificité et/ou de sensibilité.
Le test le plus utilisé est l'hémagglutination passive parfois associée à une technique immuno-enzymatique ou à une technique de fixation du complément pour améliorer la sensibilité et la spécificité.
Ces tests sont peu utiles dans les zones d'endémies où de nombreux individus possèdent des anticorps. Toutefois, la mise en évidence d'IgM permet de différencier les infections actives des infections latentes ou chroniques.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Burkholderia pseudomallei résiste aux aminosides (la CMI la plus faible est obtenue pour la kanamycine), à la pénicilline G et aux céphalosporines de 1ère et de 2ème génération. Une sensibilité est généralement observée vis-à-vis des céphalosporines de 3ème génération, des carbapénèmes, de l'association amoxicilline-acide clavulanique, de la pipéracilline, du chloramphénicol, des tétracyclines, des sulfamides et du triméthoprime. In vitro, la sensibilité aux fluoroquinolones est intermédiaire mais les résultats obtenus in vivo sont généralement encourageants. Une résistance acquise au chloramphénicol s'accompagne souvent d'une résistance aux tétracyclines et à l'association sulfamide-triméthoprime.

Classiquement, le traitement fait appel à une association chloramphénicol, doxycycline, sulfamide-triméthoprime ou à une association oxacilline-acide clavulanique. Chez l'homme ces antibiotiques sont actuellement remplacés par la ceftazidime ou les carbapénèmes pour le traitement des formes sévères. La réponse aux traitements antibiotiques est toujours longue et l'antibiothérapie doit être poursuivie durant plus de 8 semaines pour éviter les rechutes.

 

Orientation bibliographique

 

Articles de synthèse :

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Autres articles :

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Milieu de Ashdown (milieu sélectif pour Burkholderia pseudomallei, Burkholderia thailandensis et Burkholderia oklahomensis) :

Bouillon trypticase-soja : 10 g
Bacto-agar : 15 g
Glycérol à 40 p. cent : 100 mL
Eau distillée : 900 mL
Solution aqueuse de cristal violet à 0,1 p. cent : 5 mL
Solution aqueuse de rouge neutre à 1,0 p. cent : 5 mL
Autoclavage : 120 °C, 15 min
Gentamicine : 5 mg

 Milieu de Ashdown modifié :

Milieu de Ashdown contenant 100 microgrammes par mL de streptomycine et 15 microgrammes par mL de gentamicine.

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 Bouillon CVCB :

Bouillon trypticase soja : 1000 mL
Cristal violet : 5 mg
Colistine : 20 mg

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