J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 18 septembre 2001

 

GLOBICATELLA SULFIDIFACIENS

 

Systématique

 

Le genre Globicatella et son espèce type, ¤ Globicatella sanguinis corrig., ont été décrits en 1992 et validement publiés le 7 avril 1995 par inscription sur la liste de validation n° 53. Six ans plus tard (10 septembre 2001), Vandamme et al. décrivent une deuxième espèce du genre Globicatella pour laquelle ils valident la nomenclature de Globicatella sulfidifaciens. Les six souches décrites par ces auteurs proviennent toutes de lésions purulentes des bovins, des ovins ou des porcs.

Ces six souches sont constituées de coques à Gram variable, aéro-anaérobies et catalase négative. La séquence de l'ADNr 16S de la souche LMG 18844 (future souche type de Globicatella sulfidifaciens) présente 99,2 p. cent d'homologie avec la souche type de ¤ Globicatella sanguinis mais moins de 94 p. cent d'homologie avec les souches types de diverses espèces de coques à Gram positif, aéro-anaérobies et catalase négative (¤ Abiotrophia defectiva, quatre espèces du genre ¤ Facklamia, Ignavigranum ruoffiae, ¤ Eremococcus coleocola, Dolosigranulum pigrum et ¤ Aerococcus urinae).
Les profils électrophorétiques de ces six souches sont pratiquement identiques mais clairement différents de ceux obtenus avec quatre souches (dont la souche type) de ¤ Globicatella sanguinis.
En dépit de la parenté phylogénétique avec ¤ Globicatella sanguinis, la souche LMG 18844 ne possède que 68 p. cent d'homologie ADN - ADN avec la souche type de ¤ Globicatella sanguinis.
Les souches caractérisées par Vandamme et al. peuvent être identifiées par leurs caractères phénotypiques et l'ensemble de ces résultats autorise la description d'une nouvelle espèce, Globicatella sulfidifaciens.

 

Caractères bactériologiques

 

La coloration de Gram, permet de visualiser un mélange de coques à Gram négatif et à Gram positif. Les coques à Gram négatifs sont les plus nombreux mais toutes les préparations renferment des coques à Gram positif. Ces coques se présentent sous forme isolée ou groupés par deux ou, plus rarement, en courtes chaînes.

La plupart des caractères biochimiques ont été étudiés à l'aide de galeries API 20 STREP, API 50CH et de galeries BBL CRYSTAL Gram-positive ID (voir le fichier ¤ Galerie "BBL CRYSTAL® IDENTIFICATION SYSTEMS GRAM-POSITIVE ID KIT").
. Un caractère positif est observé pour les tests production d'hydrogène sulfuré (milieu de Kligler), bêta-glucuronidase, alpha-galactosidase, 4-MU-bêta-D-glucoside, 4-MU-alpha-D-glucoside, L-phénylalanine-AMC, 4MU-bêta-D-glucuronide, L-acide pyroglutamique-AMC, p-nitrophényl-bêta-D-glucoside, p-nitrophényl-bêta-D-cellobioside, proline-p-nitroanilide, leucine-p-nitroanilide, p-nitrophényl-alpha-D-maltoside, ONPG, p-nitrophényl-alpha-D-galactoside, acidification de l'amidon, de l'arbutine, du cellobiose, de l'esculine, du D-fructose, du D-glucose, du glycogène, de l'inuline, du maltose, du D-mannose, du mélibiose, du D-raffinose, du saccharose, du tréhalose et du D-xylose.
. Une réponse négative est obtenue avec les tests VP, hydrolyse de l'hippurate, pyrrolidonyl arylamidase, phosphatase alcaline, ADH, uréase, L-valine-AMC, L-arginine-AMC, 4MU-phosphate, 4MU-N-acétyl-bêta-D-glucosaminide, L-isoleucine-AMC, p-nitrophényl-phosphate, acidification de l'adonitol, du D-arabitol, du L-arabitol, de l'amygdaline, du D-arabinose, du dulcitol, de l'érythritol, du D-fucose, du L-fucose, du galactose, du bêta-gentiobiose, du gluconate, de méthyl-alpha-D-glucoside, du maltotriose, de la N-acétyl-D-glucosamine, du méthyl-bêta-glucoside, du glycérol, de l'inositol, du lactose, du D-lyxose, du 2-cétogluconate, du 5-cétogluconate, du mannitol, du méthyl-alpha-D-mannoside, du mélézitose, du rhamnose, du ribose, du sorbitol, du L-sorbose, du D-tagatose, du turanose, du xylitol, du méthyl-bêta-xyloside et du L-xylose.
. La réponse aux tests L-tryptophane-AMC (caractère généralement positif), leucine arylamidase et acidification du L-arabinose est variable selon les souches.
. Dans le tableau 2, la réponse au test bêta-galactosidase est notée soit comme un caractère variable soit comme un caractère négatif. Toutefois, ce caractère est négatif (P. Vandamme, communication personnelle en date du 20 septembre 2001).
. Les caractères permettant de différencier Globicatella sulfidifaciens et ¤ Globicatella sanguinis sont donnés dans le tableau I.

Globicatella sulfidifaciens cultive à 25 °C (culture peu abondante), 37 °C ou 42 °C et en présence de 6,5 p. cent de NaCl. La présence de 5 p. cent de dioxyde de carbone dans l'atmosphère d'incubation ne stimule pas la croissance.
Après 24 heures de culture sur une gélose au sang de mouton, les colonies sont minuscules. Après 48 heures d'incubation, elles atteignent un diamètre de 0,5 à 1 mm, leur teinte est blanchâtre ou grisâtre, leur consistance apparaît friable et sèche, la gélose sous-jacente est érodée et les colonies s'entourent d'une double zone d'hémolyse (une zone interne d'aspect opaque et une zone externe semi-transparente et verdâtre).
En bouillon cœur-cervelle, la croissance apparaît homogène après 24 heures d'incubation, puis on observe la formation d'un dépôt au fond du tube.
Une hydrolyse de l'esculine est observée sur gélose de Edwards* mais aucune culture n'est obtenue sur gélose bile-esculine**.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les six souches caractérisées par Vandamme et al. proviennent de lésions pulmonaires suppurées du veau (3 souches), du poumon d'un agneau présentant une broncho-pneumonie aiguë, du liquide articulaire d'un veau présentant une polyarthrite et du liquide synovial d'un porc. À l'exception de la souche isolée d'un veau atteint de polyarthrite, toutes les souches ont été isolées en association avec d'autres bactéries, notamment ¤ Arcanobacterium pyogenes. Les connaissances actuelles ne permettent pas de se prononcer sur le pouvoir pathogène de Globicatella sulfidifaciens. Pour Vandamme et al., cette espèce pourrait intervenir en tant qu'agent infectieux secondaire lors de processus suppuratifs observés chez diverses espèces animales et, tout particulièrement, chez les ruminants.

En novembre 2000, Vela et al. ont rapporté l'isolement, en culture pure, d'une souche de ¤ Globicatella sanguinis à partir du sang et du cerveau d'un agneau. La description de Globicatella sulfidifaciens pouvait faire naître un doute sur l'appartenance à l'espèce Globicatella sanguinis de la souche isolée par Vela et al. En fait, cette souche diffère de Globicatella sulfidifaciens par ses caractères biochimiques (notamment, hydrolyse de l'hippurate, pyrrolidonyl arylamidase, acidification du mannitol et acidification du ribose) et appartient bien à l'espèce ¤ Globicatella sanguinis (Fernandez-Garayzabal, communication personnelle en date du 18 septembre 2001).

 

Diagnostic bactériologique

 

Comme c'est le cas pour de nombreuses espèces regroupant des coques à Gram positif (ou à Gram variable), aéro-anaérobies et catalase négative (voir tableau II), le diagnostic bactériologique est délicat.
Selon Vandamme et al., l'acidification du mélibiose, observée aussi bien pour les souches de Globicatella sulfidifaciens que pour les souches de Globicatella sanguinis est un caractère permettant de différencier les Globicatella sp. des autres coques à Gram positif, aéro-anaérobies et dépourvus de catalase. La production d'hydrogène sulfuré dans le milieu de Kligler est un caractère rarement observé avec les bactéries à Gram positif*** et, sous réserve que les futures souches de cette espèce présentent un caractère similaire, ce test pourrait être très utile pour l'identification de Globicatella sulfidifaciens.

 

Orientation bibliographique

 

COLLINS (M.D.), AGUIRRE (M.), FACKLAM (R.R.), SHALLCROSS (J.) et WILLIAMS (A.M.) : Globicatella sanguis gen. nov., sp. nov., a new gram-positive catalase-negative bacterium from human sources. J. Appl. Bacteriol. 1992, 73, 433-437.

VANDAMME (P.), HOMMEZ (J.), SNAUWAERT (C.), HOSTE (B.), CLEENWERCK (I.), LEFEBVRE (K.), VANCANNEYT (M.), SWINGS (J.), DEVRIESE (L.A.) et HAESEBROUCK (F.) : Globicatella sulfidifaciens sp. nov., isolated from purulent infections in domestic animals. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1745-1749.

VELA (A.I.), FERNÁNDEZ (E.), las HERAS (A.), LAWSON (P.A.), DOMÍNGUEZ (L.), COLLINS (M.D.) et FERNANDEZ-GARAYZABAL (J.F.) : Meningoencephalitis associated with Globicatella sanguinis infection in lambs. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 4254-4255.

 

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* : Gélose de Edwards (composition pour un litre) :

Agar : 15,0 g
Extraits de viande de bœuf : 10,0 g
Peptone : 10,0 g
NaCl : 5,0 g
Esculine : 1,0 g
Tl2SO4 : 0,33 g
Cristal violet : 1,3 mg
Sang de bovin ou de mouton : 50,0 mL

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** : Milieu bile-esculine (composition en grammes par litre) :

Extrait de viande : 3,0
Peptone de viande : 5,0
Bile de bœuf : 40,0
Esculine : 1,0
Citrate de fer : 0,5
Agar : 14,5
Ce milieu peut être enrichi de 5 p. cent de sérum de cheval.

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*** : Les souches de ¤ Erysipelothrix rhusiopathiae et de ¤ Erysipelothrix tonsillarum produisent cependant de l'hydrogène sulfuré dans le milieu de Kligler et dans le milieu TSI (Triple Sugar Iron).

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