J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 10 février 2004

 

TREPONEMA PARALUISCUNICULI

 

Autres dénominations : "Spirochaeta paraluis-cuniculi", "Treponema pallidum var. cuniculi", "Treponema cuniculi", "Spirochaeta cuniculi", "Spirochaeta pallida var. cuniculi", "Spirochaeta paraluis", "Treponema paraluis-cuniculi".

 

Treponema paraluiscuniculi a été observé pour la première fois en 1913 dans un exsudat provenant d'une lésion du pénis d'un lapin. En 1920, cette bactérie a été décrite sous le nom de "Spirochaeta paraluis-cuniculi" et, le premier janvier 1980, le nom de Treponema paraluis-cuniculi (sic) a été inscrit sur les Approved Lists of Bacterial Names. En 1983, cette nomenclature sera corrigée en Treponema paraluiscuniculi.
Dans des publications postérieures à 1980, et même dans un article publié en 1998, cette bactérie est parfois appelée "Treponema cuniculi" !

Treponema paraluiscuniculi est une espèce non cultivable et morphologiquement semblable à Treponema pallidum, tréponème responsable de la syphilis de l'homme.
Treponema paraluiscuniculi présente les caractères morphologiques et structuraux des représentants de l'ordre des ¤ Spirochaetales. Cette bactérie se présente sous la forme de cellules spiralées, de 10 à 16 µm de longueur (des formes de 30 µm sont également observées), comprenant 8 à 10 spires régulières, dont l'amplitude est de 1 à 2 µm et dont la profondeur est de 0,2 à 0,6 µm. Treponema paraluiscuniculi est mobile grâce à trois flagelles périplasmiques insérés à chacune des extrémités de la cellule. La mobilité se fait par des mouvements lents en vrille, parfois onduleux ; rarement par rotation.
En l'absence de culture, la conservation des souches est assurée par inoculation intratesticulaire chez le lapin.
Pour des raisons qui demeurent obscures, les premières études effectuées sur ce germe n'avaient pas mis en évidence de réactions antigéniques croisées entre Treponema paraluiscuniculi et Treponema pallidum alors que de telles réactions croisées existent et sont mises à profit pour le diagnostic indirect.

Treponema paraluiscuniculi est l'agent d'une maladie des lagomorphes connue sous les noms de spirochétose vénérienne du lapin (venereal spirochetosis of rabbits), de tréponémose ou de tréponématose du lapin (treponematosis of rabbits), de cuniculose (cuniculosis), de vent disease ou de syphilis du lapin (rabbit syphilis). Cette dernière dénomination peut prêter à confusion car le lapin est sensible à Treponema pallidum et l'infection expérimentale du lapin par Treponema pallidum constitue un modèle d'étude de la syphilis de l'homme.
La spirochétose vénérienne est largement répandue chez les lagomorphes sauvages et elle est également observée chez les lapins domestiques : lapins de compagnie, lapins de chair, lapins de laboratoire. Expérimentalement, Treponema paraluiscuniculi provoque des infections latentes chez le rat, la souris, le cobaye, le hamster et le hérisson.

Lors d'un épisode de spirochétose vénérienne ayant concerné plusieurs milliers de lapins, le pourcentage d'animaux infectés était de 46,4 p. cent chez les reproducteurs et seulement de 0,7 p. cent chez les jeunes animaux impubères. Cette observation suggère que l'infection est sexuellement transmissible et que la contamination lors du part ou de l'allaitement est possible, mais peu fréquente. De plus, les essais d'inoculation expérimentale montre que les jeunes sont moins sensibles que les adultes.

L'infection est souvent inapparente et se traduit par une simple réponse immunitaire.
Lorsque la maladie est cliniquement exprimée, après une période d'incubation de 3 à 6 semaines, l'infection débute par l'apparition d'un érythème et d'un œdème localisé au pénis ou à la vulve. Ces lésions évoluent pour donner des papules, des vésicules puis des ulcères qui se recouvrent de croûtes. Ce stade précoce est suivi par le développement de lésions identiques affectant l'ensemble des organes génitaux externes, la région périnéale, le nez, les yeux et les lèvres. Les nœuds lymphatiques satellites sont souvent le siège d'une adénite. Les femelles peuvent présenter des lésions de métrite et, chez les femelles en gestation, on a décrit des avortements précoces et des rétentions placentaires. Les animaux sont peu affectés, ils demeurent alertes et se nourrissent normalement. Seules des lésions importantes du pénis conduisent à un refus d'accouplement et à une apparente infertilité. En quelques semaines les lésions régressent mais les animaux restent porteurs de germes et Treponema paraluiscuniculi peut être mis en évidence dans les nœuds lymphatiques.
L'examen anatomopathologique révèle un épaississement de l'épiderme, des lésions d'hyperkératose et une infiltration du derme par des cellules mononucléées.
Une réponse en anticorps se développe dans les 2 à 3 mois suivant le contage et elle persiste durant toute la vie chez les animaux porteurs sains.

Aucun cas d'infection de l'homme n'a été rapporté. Une étude publiée dans The British journal of venereal diseases (Br. J. Vener. Dis., 1981, 57, 7-10 ; résumé disponible sur PubMed) fait état de l'inoculation intradermique d'une souche de Treponema paraluiscuniculi chez un volontaire humain. L'individu inoculé n'a présenté qu'un érythème persistant 24 heures et une très faible réponse humorale.

La simple observation des lésions, présentes à la fois sur les organes génitaux et la tête, permet d'orienter le diagnostic à condition de connaître l'existence de la maladie.
Le diagnostic peut être assuré par la mise en évidence de tréponèmes dans l'exsudat obtenu à partir des lésions. Deux techniques sont utilisées, un examen à l'état frais et l'immunofluorescence. L'examen à l'état frais nécessite un microscope à fond noir de bonne qualité et un observateur averti. Cet examen de réalisation simple est toutefois peu sensible et peu spécifique. L'immunofluorescence directe ou indirecte utilise des anticorps anti-Treponema pallidum.
La principale technique de dépistage, également utilisable pour un diagnostic rétrospectif, consiste en des examens sérologiques. Les anticorps sont mis en évidence à l'aide de techniques utilisées chez l'homme pour le diagnostic ou le dépistage de la syphilis (utilisation de l'antigène cardiolipidique ou d'antigènes treponémiques).

Le traitement fait appel à la pénicilline G (deux injections à sept jours d'intervalle de 42000 UI/kg par voie sous-cutanée).
La prophylaxie est purement sanitaire et repose sur le dépistage des reproducteurs avant leur introduction dans un élevage sain.
L'infection des lapins de laboratoire interfère avec des travaux concernant la peau et le système immunitaire. Aussi, selon la FELASA (Fédération des Associations Européennes pour la Science de l'Animal de Laboratoire), Treponema paraluiscuniculi est une des espèces bactériennes à contrôler chez le lapin.

 

Orientation bibliographique

 

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